Georges Mathieu, monumental

Publié le 03/06/2022 - mis à jour le 03/06/2022 à 11H03

Cette œuvre de grande taille, peinte par Georges Mathieu au Japon (1957), est estiméee 800 000/1 200 000 €.

Bonhams

Il était apparu la mine sombre, la moustache longue et triomphante, les cheveux noirs rejetés en arrière, devant une immense toile recouverte d’un fond uni mais encore vierge. Soudain, Georges Mathieu (1921-2012), car c’est de lui qu’il s’agit, avait littéralement plongé vers elle, et, avec des gestes apparemment furieux, avait tracé à l’aide non pas de pinceaux, mais de tubes, une suite de graphismes qui n’appartenait qu’à lui. Le peintre, qui était apparu sur le marché à la toute fin des années 1940, organisait ainsi des performances attirant des milliers de spectateurs. Ils étaient près de 2 000 en 1956 au théâtre Sarah-Bernhardt à Paris, lorsqu’il composa un tableau de 4 × 12 mètres, en utilisant au moins 800 tubes de peinture. Cette toile, intitulée : Hommage aux poètes du monde entier, a disparu en 1968 lors de l’incendie de son atelier.

Georges Mathieu voyagea beaucoup, notamment au Japon. En septembre 1957, à Tokyo, dans la salle de classe de Sōfū Teshigahara, le fondateur de l’école d’Ikebana Sogetsu-Ryu, il exécuta une huile sur toile de grande taille qu’il intitula Exil de Go-Daigo dans l’île d’Oki. Ce tableau, jamais vu sur le marché auparavant, sera mis en vente le 9 juin prochain par Bonhams – Paris, avec une estimation de 800 000/1 200 000 €. C’est au cours de ce séjour au Japon que l’artiste visita le Kaisei-ji, temple bouddhiste de la secte Rinzai où il admira une « calligraphie frénétique » de huit mètres, peinte à l’aide d’un très gros pinceau, par le moine bouddhiste zen, Nakahara Nantenbō (1839-1925) sur un fusuma (porte coulissante en papier). Georges Mathieu considéra cette œuvre comme « quelque chose d’assez informel ». Il faisait allusion au terme utilisé par le critique d’art Michel Tapié, au début des années 1950, pour décrire l’avant-garde « anti-géométrique, anti-naturaliste et non-figurative », qui se construisit autour de l’abstraction lyrique.

Chacun se l’accorde, Georges Mathieu a dérangé et défié l’establishment en créant un ensemble d’œuvres jusqu’alors inimaginables. Après avoir découvert les œuvres d’Hartung, d’Atlan et de Wols, il organisa des manifestations en faveur d’un art libéré de toutes les contraintes classiques, qu’il nomma l’ « Abstraction lyrique », dont on considère qu’il en fut le père et le théoricien. C’est ainsi qu’il réunit, en novembre 1948, à la galerie du Montparnasse, les artistes américains et français Pollock, Tobey, Gorky, Reinhardt, Russell ou encore Kooning.

Georges Mathieu a laissé une œuvre particulièrement abondante ; mais ce sont davantage les tableaux monumentaux qui intéressent les amateurs. Le premier plus haut prix date de décembre 1968, pour Le Grand Dauphin (1960), vendu par Christie’s, l’équivalent de 511 500 €. Quarante ans plus tard, L’Abduction d’Henri IV par l’Archevêque Anno de Cologne (200 x 400 cm), daté de 1958, était vendu 1 152 250 € en mai 2008, par Sotheby’s Paris.

• Bonhams – Paris, 4 rue de la Paix, Paris, 75001

Plan
X