Gérard Garouste : rétrospective au Centre Pompidou

Publié le 01/12/2022

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Une exposition de Gérard Garouste ne laisse jamais indifférent, tant son œuvre multiple à la figuration singulière se nourrit aussi bien des textes fondateurs que des maîtres anciens qui l’ont marqué, tel le Tintoret, sans oublier l’importance du théâtre.

La rétrospective présentée au Centre Pompidou rappelle le parcours atypique de ce peintre. Comme un navigateur solitaire, il conduit sa création polyphonique selon ses nécessités intimes. Volontairement éloignée des modes, son écriture est porteuse d’un héritage classique réinventé. L’image est permanente dans ses tableaux, elle est la marque de cet artiste qui s’est toujours opposé à l’art conceptuel.

Gérard Garouste s’impose dès les années 1970 avec sa peinture Le Classique et l’Indien (1977), issue d’une pièce de théâtre dont il est l’auteur et qu’il a jouée. Elle évoque des personnages que tout oppose : le Classique, privilégié par rapport à l’Indien, pourrait représenter la société. Il interroge la mythologie, ainsi introduit-il dans son œuvre le personnage Orthros, chien à deux têtes, dans un superbe fusain où il évoque l’animal face au Classique. La figure du Commandeur l’inspire également, visible dans une immense composition de 2,50 x 2,94 mètres ; il le présente inerte, étendu sur le sol, ayant perdu toute son autorité. Une composition surprenante réalisée en couleurs fortes et une matière nourrie tout comme Le Pendu, dont le corps se reflète dans une glace. Une toile qui intrigue.

Autre source de création : La Divine Comédie de Dante. La descente aux Enfers intéresse le peintre, qui convoque son imaginaire pour réaliser des œuvres saisissantes comme Dante et Virgile, avec des silhouettes blanches, imprécises qui surgissent d’une atmosphère étrange. Ces compositions fascinantes suivent la trame de l’histoire associée à la réflexion. Unique est l’écriture de Garouste, forte, imaginative ; il suggère le corps des personnages en longues touches et pourtant ils demeurent vivants. On décèle parfois dans son œuvre une affinité avec le baroque.

Vers la fin de 1980, son originalité créatrice se révèle encore avec Les Indiennes, tentures en toile peinte souvent habitées de mystère. Elles s’inspirent des enluminures médiévales ; proches de la tapisserie, de grande dimension, elles sont habitées de mystère dans une sorte de théâtralité. On remarque encore l’immense œuvre circulaire La Dive Bacbuc, composée de panneaux de toile peinte recto-verso où l’on retrouve l’univers de l’artiste, ses références diverses (ici Rabelais, dont il transmet la truculence en des compositions à la figuration plus évidente). Puis est venu l’intérêt pour la Bible qu’il a longuement étudiée ; il en transmet sa perception toujours avec cette force expressive. Sur un fond de nature indéfinie, les êtres aux bras et jambes tordus semblent torturés ; dans cette série, Garouste évoque la mort, la résurrection, la punition, les éléments eau et feu. Il retrouve dans ces images si personnelles, une figuration plus lisible. L’on passe de signes allusifs à des figures très présentes. Foisonnant, vivant, Le Banquet montre des personnages et animaux qui se côtoient et qui révèlent leur joie. Il redécouvre également Don Quichotte.

Chaque tableau du peintre est une découverte, sa peinture saisit par sa puissance expressive ,ses figures sont porteuses de son regard sur le monde, sur la vie ; il bouscule par son interprétation si personnelle des mythes, de la littérature, du Talmud.

Centre national d’art Georges Pompidou, galerie 2, niveau 6, place Georges-Pompidou, 75004 Paris

Jusqu’au 2 janvier 2023

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