Helen Levitt dans les rues de New York

Publié le 16/08/2016

Helen Levitt (1913-2009) naquit à Brooklyn. Elle abandonna très tôt ses études pour apprendre la photographie chez un artisan photographe du Bronx. Elle se familiarisa ainsi avec la chambre noire, puis elle réalisa des portraits des amis de sa mère. Ensuite, il y eut la rencontre et la découverte des photographies d’Henri Cartier-Bresson, de Walker Evans et de Manuel Álvarez Bravo, en 1935, lors de la fameuse exposition « Documentary and Anti-Graphic Photographs » à la galerie Julian Levy. Cette exposition fut pour elle un vrai choc, et elle retiendra l’intuition comme matière première de ses photographies. Elle s’abstiendra toutefois de toute incursion dans le photojournalisme.

Pendant près de soixante ans, elle fit des rues des quartiers pauvres de New York son domaine de prédilection, sans qu’elle ne cherchât à raconter une histoire ou à défendre une thèse sociale. Elle avait simplement une empathie pour le monde des quartiers populaires. Elle photographia l’univers des enfants et leurs jeux dans les rues, s’émerveillant devant l’énergie créatrice de leurs dessins à la craie sur les murs et les trottoirs. Elle capta ainsi cette poésie des rues, dont les images étaient spontanées et exigeantes.

Helen Levitt, Enfants avec des masques, New York, 1940.

Helen Levitt

En 1941, elle séjourna à Mexico où elle travailla comme monteuse pour Luis Buñuel. Le travail d’Helen Levitt fut vite reconnu dans le monde de la photographie et de l’art. Edward Steichen, conservateur de la photographie au Museum of Modern Art, lui proposa une exposition en 1943. Elle avait 30 ans, et l’un de ses clichés, qui sera le plus reproduit, fut alors dévoilé : trois enfants en route pour Halloween, très contents sur un perron, avec leurs masques.

Beaucoup de personnes l’admirèrent alors. Elle accompagna dans le métro le photographe Walker Evans, dont elle fut l’élève, quand il fit ses photos incognito.

Avec l’écrivain James Agee et la documentariste Janice Loeb fut réalisé In the street, un court-métrage de quatorze minutes, monté en 1952, accompagné des improvisations musicales d’Arthur Kleiner. C’est une version en mouvement de ses images immobiles.

En 1959, elle put aborder la couleur grâce à deux bourses de la Fondation Guggenheim. Cependant, les trottoirs s’étaient vidés de leurs locataires ; ils étaient maintenant devant leur télévision. Mais Helen Levitt continua à traquer les dessous de sa ville natale. Et sans jamais avoir recherché la célébrité, la photographe américaine de l’après-guerre est aujourd’hui reconnue comme un maître de la street photography.

Son travail a inspiré et marqué de nombreux photographes, des conservateurs de musée et des collectionneurs. Elle sut imposer sa vision d’un New York loin des quartiers de la réussite et du business. Elle disait que « la beauté est dans la réalité elle-même ».

John Szarkowski, l’emblématique conservateur du département de la photographie du Museum of Modern Art de 1962 à 1991, a dit d’Helen Levitt que « personne ne la surpassait ».

LPA 16 Août. 2016, n° 119r1, p.14

Référence : LPA 16 Août. 2016, n° 119r1, p.14

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