Henri de Régnier sur l’Altana

Publié le 13/10/2021 - mis à jour le 13/10/2021 à 11H16

Cet exemplaire du tirage de luxe, un des 33 sur Japon impérial relié par Semet & Plumelle, est affiché 1 200 €.

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Si vous dites Venise, en littérature, vous songez à Henri de Régnier (1864-1936). Certes, il n’était pas le seul écrivain amoureux de Venise. L’index des personnes citées du Carnet vénitien de Gérard-Julien couvre dix pages et doit représenter près de 2 000 noms. Dans cette magistrale étude sur les voyageurs à Venise, chaque notice donne lieu à des citations, des références, appels et des rappels. Henri de Régnier y figure en bonne place. Pour lui, « Venise fut toujours un amour saint et simple, un amour familier, exempt de snobisme et d’esthétisme, exempt aussi de romantisme, réaliste si l’on peut dire et fait de convenances à la fois spontanées et réfléchies ». Régnier rêvait à Venise, de Venise et dans Venise, il l’aborda pour la première fois un soir de septembre 1899 et ne cessa d’y revenir.

Le site que préférait le poète, au palazzo Dario, où il fut reçu par sa propriétaire Isabelle de La Baume-Pluvinel était une terrasse, plate-forme en bois entourée d’une rampe d’appui, installée sur les toits comme sur de nombreuses maisons. Celle-ci était appelée « altana ». C’est là que les dames venaient sécher leur chevelure et dorer leurs teintures aux rayons du soleil, à l’origine du fameux blond vénitien. Régnier reprendra ce mot et le donnera à son essai L’Altana ou la Vie vénitienne, 1889-1924 (Mercure de France, 1928). Un exemplaire du tirage de luxe, un des 33 sur Japon impérial relié par Semet & Plumelle, en demi-maroquin bleu à coins, la couverture conservée a été présentée par les libraires les Amazones & Villa Browna, affiché 1 200 €.

À Venise, Régnier fut heureux. Nous le sentons dans l’Altana plus que dans les Esquisses vénitiennes (P. Collection de l’Art Décoratif, 1906), son premier texte en prose inspiré par la Cité des Doges. L’édition originale de cette œuvre est ornée de 10 planches hors texte gravées en taille-douce, et 70 dessins in-texte par Maxime Dethomas (1867-1919). Lui aussi était familier du palazzo Dario autant que de la ville, qu’il arpentait, son carnet de croquis à la main. Les deux librairies qui firent à elles seules leur Salon des livres rares et objets d’art, à deux pas du Grand Palais éphémère, offraient pour 1 000 € un exemplaire de cet ouvrage, broché et un peu fatigué, mais émouvant. Il s’agissait de celui de la mère d’Henri de Régnier, portant cet envoi manuscrit : « A ma chère mère ce petit livre sur Venise, en souvenir du palais Zen sur les Zattere ».

Pour Jean-Louis Vaudoyer, son ami de jeunesse : « C’est à Venise qu’il faut avoir vécu près de Régnier. Là-bas cessait son exil ; là-bas, il retrouvait sa patrie ». On le comprend en écoutant Régnier lui-même : « Venise ne s’impose pas, elle se prête », écrivait Régnier, « Contentez-vous d’être heureux des beautés qu’elle vous propose ».

Librairie Les Amazones, 68 rue Bonaparte, 75006 Paris.

Librairie Villa Browna, 27 avenue Rapp, 75007 Paris.

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