Henri Fantin-Latour, à fleur de peau

Publié le 03/01/2017

Discret, indépendant, solitaire, Henri Fantin-Latour (1836-1904) a suivi son chemin sans se soucier des modes ; il n’a ainsi pas participé au groupe impressionniste, ne se sentant pas en accord avec cette démarche, lui, le peintre de l’intimité.

Henri Fantin-Latour, Coin de table (de gauche à droite : Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, Elzéar Bonnier, Léon Valade, Émile Blémont, Jean Aicart, Ernest d’Hervilly, Camille Pelletan), 1872, huile sur toile, 161 x 223 cm, Paris, musée d’Orsay.

Rmn-Grand Palais (musée d’Orsay) / Photo Hervé Lewandowski

L’exposition que lui consacre le musée du Luxembourg permet de redécouvrir ce peintre dans une présentation chronologique de son œuvre et de suivre le développement de sa création. Très tôt, Henri Fantin-Latour ressent une forte attirance pour la peinture et le dessin. Il s’inscrit à l’École des Beaux-Arts et copie les grands maîtres au Louvre : Titien, Véronèse ou Delacroix, puis il commence à réaliser ses premiers tableaux, des autoportraits notamment. On le découvre tour à tour romantique ou ténébreux, mais le regard se fait toujours intense, pénétrant.

Durant ces années, il se lie d’amitié avec les peintres Édouard Manet et James Whistler, il rejoint ce dernier pour un séjour en Angleterre en 1859 après son échec au Salon. C’est pour lui une ouverture sur un monde nouveau, une expérience salutaire ; il fait la connaissance du marchand d’art Edwin Edwards qui s’intéresse à son œuvre et l’encourage ; il lui conseille de réaliser des natures mortes qui feront bientôt son succès. Ces généreuses compositions sont témoins de sa science de l’organisation de l’espace et de sa manière de saisir la réalité de fruits et fleurs : roses épanouies, sensuelles aux délicats pétales finement ourlés sous une lumière tamisée ou encore narcisses, tulipes associées à raisins, fraises ou oranges. Coloriste sensible, il utilise une palette subtile, une matière onctueuse grâce auxquelles il rend le naturel de fleurs fraîchement cueillies dans un souci de vérité. Ces bouquets feront sa réputation.

Les décennies 1870-1880 sont pour Henri Fantin-Latour une période brillante durant laquelle, outre les compositions florales, il réalise des tableaux de groupe réunissant peintres, écrivains, poètes car, bien que solitaire, Henri Fantin-Latour possède un solide cercle d’amis, parmi lesquels des musiciens. Ces œuvres constituent un précieux témoignage de l’époque ; la plus connue, Hommage à Delacroix, révèle son admiration pour le maître. Quelques années plus tard, en 1870, il évoque ses amis impressionnistes ; on reconnaît Édouard Manet, Auguste Renoir, Frédéric Bazille, Henri Fantin-Latour se représente peignant à son chevalet. Ce sera enfin Un coin de table, qui réunit Paul Verlaine et Arthur Rimbaud dont c’est l’un des rares portraits ; séparés des autres poètes, ils semblent vouloir monter leur hostilité aux Parnassiens. Tous ces hommes que représente le peintre sont vêtus de noir, seuls les visages sous un doux éclairage et le col des chemises créent la lumière.

Mais Henri Fantin-Latour est avant tout le peintre de l’intimité silencieuse, des lectures sous la lampe : il choisit volontiers ses modèles dans sa famille, ses sœurs en particulier aux sages robes noires et col blanc ; studieuses, naturelles, elles ne semblent pas poser. Elles expriment la sérénité d’une vie bien réglée (d’ennui peut-être) dans une création discrète ; il chante une poésie de l’intime. Ce sont aussi les portraits de Louise Riesener ou la délicate Charlotte Dubourg. Détestant les portraits mondains flatteurs, il préfère la sobriété de personnages réservés d’une grande douceur qui fait leur charme.

Les natures mortes qu’il compose à cette période semblent plus éclatantes, plus réelles encore que les premières. Mélomane, il a laissé de nombreuses lithographies consacrées à la musique représentant des œuvres de Wagner, ainsi que de nombreux dessins accompagnant les tableaux.

Dans la dernière partie de sa vie, Henri Fantin-Latour s’évade vers le rêve, l’imaginaire ; il compose des allégories wagnériennes, parfois mythologiques, vaporeuses mais trop flatteuses ; il a perdu cette intéressante sobriété.

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Référence : LPA 03 Jan. 2017, n° 121z1, p.16

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