Intimité et scènes d’intérieur

Publié le 12/12/2022

Cette « scène d’intérieur », datée de la période Qing, a été adjugée 3 245 €

Beaussant Lefèvre & associés

Une feuille avec encre et couleurs sur papier, représentant trois femmes jouant au go, occupent la scène. Nous sommes en Chine au XVIIIe siècle sous la dynastie Qing. Le dessin est aussi fin qu’élégant. Les joueuses se distinguent au moins pour deux d’entre elles par la couleur de le ceinture de leur vêtement. Sur la gauche, on voit une pièce meublée d’un lit de repos sur lequel tente de monter un chat. Un symbole ? À l’arrière, dans une autre chambre, on distingue un couple allongé sous un drap. En réalité, ces deux-là étroitement liés ne sont que l’image d’un rêve, celui de la troisième jeune femme qui s’est endormie laissant ses deux partenaires jouer. Cette feuille, Le rêve coquin d’une jeune femme, se voyant dans les bras de son amant sur un lit et recouvert d’un drap fin (31 x 44,8 cm), a été adjugée 3 245 €, à Drouot, le 8 novembre dernier par la maison Beaussant Lefèvre, assistée par le Cabinet Portier.

Ce tableau a appartenu à Gérard Lévy (1934-1916), antiquaire installé rue de Beaune, spécialisé dans les arts asiatiques. Il était connu pour son exquise politesse et son élégance ; il portait toujours un œillet à la boutonnière. Outre sa passion pour la photographie ancienne et les arts asiatiques classiques, il avait étudié l’art érotique chinois dont il possédait quelques pièces explicites, comme cette réunion de trois peintures à l’encre et couleurs sur soie, encadrées sous verre représentant des scènes d’intérieur à thème érotique intitulées : La servante complaisante, L’indiscret, et Regards croisés, qui ont été adjugées 9 000 € à Drouot le 15 décembre 2016 par la maison Ribeyre, Baron, Millon. Elles avaient été exposées en mai-juillet 1995 dans le galerie de la rue de Beaune sous le titre : « Concubine parfumée ».

Dans une autre peinture (26,5 x 28,5 cm), plus tardive, intitulée : Scène galante au chat, on voit un couple, la femme assise sur les genoux de l’homme. Nous devinons la suite de la scène ; ce qui était impensable durant la dynastie Ming (1368-1644). Les artistes se reposaient sur Le livre de la voie et sa vertu (Dodejing), composé par Lao Tseu (Laozi), qui s’exprime en passages laconiques et à mots couverts. Le plus grand raffinement érotique chinois ne laissait rien voir. Tout était suggéré grâce à un jeu très subtil des situations, comme la disposition des fleurs et les attitudes des personnages. La jeune fille joue de la flute de jade en est un exemple. Puis tout changea, lors de la fin de l’ère Ming, où le dérèglement et le relâchement, la littérature sacralisa la sexualité. Cela ne dura pas longtemps, une vague de pudibonderie provoquée par l’empereur Qianlong (1711-1799) instaura une censure. Celle-là entraîna la disparition de nombreux albums ; ce qui explique l’intérêt que les amateurs ont pour ceux qui resurgissent sur le marché.

Beaussant Lefèvre, 32 rue Drouot, 75009 Paris

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