James McNeill Whistler, la Frick Collection

Publié le 03/03/2022

James Abbott McNeill Whistler, Portrait of Mrs. Frances Leyland (1871).

Musée d’Orsay

De Whistler, on connaît principalement le magnifique portrait de sa mère tout en sobriété, en vérité, vêtue d’une ample robe noire, une coiffe blanche éclairant son doux visage.

Bien que restreinte, cette présentation d’œuvres souvent majeures permet de découvrir la richesse, l’authenticité de cette création à la fois d’inspiration symboliste et libre. S’il a passé la plus grande partie de sa vie entre Londres et Paris, cet artiste d’origine américaine est né dans le Massachusetts en 1834. Il fait un rapide passage à l’académie militaire de West Point, puis au ministère de la Marine et il peint déjà. C’est en 1855 qu’il décide de se rendre à Paris où il fréquente, sans grande assiduité, l’atelier de Gleyre. Il se lie d’amitié avec Courbet, ses premières compositions reflètent une filiation avec le peintre réaliste (L’Homme à la pipe). Il aura également comme ami Fantin-Latour. Peu à peu, son œuvre se rapproche de Monet et révèle une influence japonaise. En 1859, Whistler décide de s’installer à Londres, cependant il n’abandonne pas la capitale française où il effectue de nombreux séjours au cours desquels il rencontre notamment Baudelaire.

Le collectionneur Henry Clay Frick a commencé ses acquisitions en 1891 et c’est au cours des années 1910 qu’il s’intéresse plus particulièrement à l’art de la fin du XIXe siècle. Avec un goût très sûr, il achète 20 tableaux et œuvres sur papier de Whistler. Cet artiste aime une peinture légère ; il semble parfois que le pinceau effleure la toile, notamment dans certains portraits à dominante de blanc vaporeux, presque transparent ou de rose, les contours des personnages apparaissent simplifiés. Il crée des jeux de valeurs en une douce harmonie (Portrait de Mrs. Frances Leyland, d’une grande délicatesse). Puis son écriture évolue, en témoignent Le Portrait de Miss Rosa Corder, aux tonalités sombres de brun et de noir. Le dessin est ici plus suggéré, libre. Whistler est un dandy, et il n’est pas étonnant qu’il représente Le comte Robert de Montesquiou-Fezensac, poète reconnu, également dandy réalisé 20 ans plus tard. L’artiste demeure toujours dans la suggestion du dessin, mais on reconnaît la fière allure du modèle réalisé en un « arrangement noir et or » ; il s’agit de l’une de ses dernières toiles dans laquelle se révèle une modernité certaine.

Pour Whistler, « l’art ne doit reposer ni sur des éléments narratifs ni sur des valeurs morales ». Il dit encore : « Tout comme la musique est la poésie de l’ouïe, la peinture est celle de l’œil ». Ainsi voit-il la création. Élitiste, provocateur, dandy dans l’art de vivre, de s’habiller, il est l’ami de Mallarmé qui dira de lui : « Un Monsieur rare, un prince de quelque chose ».

Dans son œuvre, il recherche avant tout l’harmonie, celle que l’on retrouve dans L’Océan, réalisé lors d’un voyage au Chili et où des silhouettes de bateaux apparaissent dans une symphonie en gris et vert d’un grand raffinement avec de légères transparences.

Parmi les œuvres graphiques, douze eaux-fortes sur le thème de Venise, d’une vraie subtilité ; ici encore, il manifeste sa liberté d’interprétation tout en respectant le site.

Cette œuvre conserve son originalité et témoigne de la créativité de ce peintre, figure incontestée des nouveaux symbolistes. Les œuvres de cette collection ont quitté New York pour la première fois, une occasion à ne pas manquer pour connaître ce peintre.

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