James Tissot, peintre et dandy

Publié le 23/06/2020 - mis à jour le 24/07/2020 à 10H52

En cette période plutôt austère, les peintures de James Tissot sont les bienvenues avec leur grâce, leur fraîcheur. Elles sont également un témoignage de son époque. Après avoir connu son heure de gloire de son vivant, cet artiste a été oublié. Il mérite d’être redécouvert.

Room Overlooking the Harbour, James Tissot.

Musée d’Orsay

Peintre et graveur, il a également créé des objets en émail cloisonné et s’est intéressé à la photographie, nouveau medium. James Tissot naît à Nantes, et dès la fin des années 1850, part pour étudier le dessin à l’École des Beaux-Arts de Paris, où il se lie d’amitié avec Degas et Whistler. Il rate le diplôme, mais cela ne le décourage pas dans son désir de peindre. Si ses premières œuvres obéissent à la tradition, il affirme assez tôt sa personnalité. Intéressé tant par les personnages de la haute société du second Empire que par les vêtements raffinés qu’ils portent, il se spécialise dans le portrait mondain et connaît le succès grâce au raffinement de sa peinture, son souci du détail rendu : bijoux, miroirs, héritage d’Ingres qu’il admire et dont il a copié les œuvres ainsi que celles d’autres artistes…

Rapidement, il expose au Salon, lieu incontournable pour se faire connaître, où il présente La Rencontre de Faust et de Marguerite, tableau pour lequel il obtient un prix et qui sera acquis par l’État. Désirant rendre au plus près la vérité des vêtements, Tissot fréquente les ateliers de couture. Depuis toujours il est attiré par l’Angleterre : il s’est d’ailleurs choisi un prénom britannique et effectue son premier voyage à Londres en 1862. De retour à Paris, il peint Les Deux sœurs, évocation du charme de bourgeoises en promenade, proche de l’impressionnisme. Cependant, Tissot ne participe pas au mouvement ; d’ailleurs il n’exécute pas de paysage, même si, lorsqu’il en peint pour le décor de ses portraits, il excelle dans les dégradés de vert, la légèreté de l’atmosphère. Le peintre préfère se consacrer aux portraits de la société bourgeoise, dont il reçoit les commandes. En 1866, il compose un grand tableau, Cercle de la rue Royale, où est réuni un ensemble d’aristocrates pour la plupart, dans des poses naturelles, en conversation ; la technique est remarquable. Survient la guerre de 1870 qui met un frein à son activité ; engagé, il participe à la Commune.

L’attrait pour l’Angleterre demeure, il repart pour Londres en 1871 et séduit rapidement la bourgeoisie victorienne avec ses portraits raffinés, évoqués en des intérieurs cossus. Il rencontre sa future compagne, la râvissante Kathleen Nelson, qui devient le sujet primordial de son œuvre ; il évoque sa beauté lumineuse, sa grâce dans Été, où il la présente dans une sobre et élégante robe noire éclairée de l’or d’une ombrelle. Le fin visage apparaît vivant, naturel. Elle décède en 1882. Tissot décide de revenir à Paris, où il va continuer à exécuter des portraits de la bonne société, mais il s’intéresse également à un autre milieu, avec Demoiselles de magasin, élégantes elles aussi, et il compose une série de 15 tableaux avec pour thème « La Femme à Paris » ; il confère un charme indéniable aux modèles avec la transparence des visages sous des jeux de lumière en une palette délicate. Il révèle la douceur de vivre. Puis, il traverse une crise mystique en 1888. Il voyage alors en Palestine, qui lui inspire une illustration de la Bible et 365 gouaches sur la vie du Christ, un dessin minutieux.

Artiste complexe, moderne et illustrateur de son temps, Tissot a aimé la vie facile que lui procurait la vente des portraits autant qu’au soir de son existence, il s’est tourné avec ferveur vers le mysticisme…

À lire également

Référence : LPA 23 Juin. 2020, n° 153h4, p.20

Plan