Janin et son âne mort

Publié le 07/02/2022

Cet exemplaire de l’édition originale du premier roman de Jules Janin, L’Âne mort et la femme guillotinée, a été adjugé 313 €.

Alde

D’emblée, le lecteur est prévenu. « Ce roman dégage une odeur de soufre et de ténèbres », disent les histoires linéaires. Le titre, déjà, annonce la couleur sombre de ses pages : L’Âne mort et la femme guillotinée. Un exemplaire de l’édition originale de ce premier roman de Jules Janin (1804-1874), a été adjugé 313 €, par la maison Alde, le 8 décembre 2021. Il a été relié par Jean Stroobants (1856-1922), en demi-maroquin grenat à long grain, à coins, orné d’un filet doré, le dos orné, non rogné, la couverture conservée. Les titres comprennent deux vignettes de Devéria gravées par Porret, qui sont répétées sur les couvertures. On a ajouté à l’exemplaire le frontispice gravé par Couché pour la quatrième édition (1832). Cet exemplaire a auparavant appartenu à Victor Mercier (vendu en 1937) ; puis à Laurent Meeûs, avec son ex-libris (vendu en 1982) ; et à Raoul Simonson (vendu en 2013, avec son ex-libris). Considérant la bibliothèque de Victor Mercier (1853-1932), dans son ouvrage paru en 1924, Trésor du bibliophile romantique et moderne 1800-1875, Léopold Carteret (1873-1948) signalait ce seul exemplaire avec ce commentaire : « un très bel exemplaire de ce romantique rare et typique ».

Selon le même Carteret, cette « sorte de roman bizarre accumule à plaisir des horreurs ». L’auteur s’y plaît à parodier les romans gothiques et le genre terrifiant remis au goût du jour par les romantiques frénétiques. Il reste, malgré tout, avec ses outrances et son lyrisme, une des grandes œuvres de la littérature romantique française. Ici, tout concourt à susciter la frénésie : la morgue, les personnages patibulaires, les fous, la place de la grève, les prisons mal famées, les bourreaux, le cimetière de Clamart où sont enterrés les suppliciés… En réalité, Janin s’est ici complu à composer cette histoire d’horreur en parodiant notamment Smarra ou les démons de la nuit (1821) de Charles Nodier et Le Dernier Jour d’un condamné (1829) de Victor Hugo. Cette œuvre capitale de Jules Janin, selon les meilleurs avis, a plusieurs fois été réimprimée entre 1830 et 1865. Dans la préface de cette dernière édition, il avoue avoir à chaque édition corrigé son texte, « car il aime son roman comme un premier né » !

Jules Janin a laissé une abondante bibliographie, faite de contes, d’essais, de romans, de monographies, notamment L’Amour des livres, cher aux bibliophiles. Collaborateur durant quarante ans au Journal des Débats, il a vu passer toute la production littéraire de son siècle, acquérant une certaine autorité en la matière, ce qui lui a valu le surnom de « prince des critiques ». Il a été élu, après trois tentatives malheureuses, en 1870, à l’Académie française au fauteuil de Sainte-Beuve.

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