Jardins d’Orient

Publié le 22/06/2016

Le jardin est un espace imaginé, créé et organisé pour la contemplation, le repos, la promenade. Dès l’Antiquité il y eût ce désir de lieux d’agrément, qui se développèrent au Proche-Orient bien avant l’apparition de l’islam. Les mythiques jardins de Babylone puis ceux qui sont décrits dans les Mille et une nuits ont exercé une grande influence sur l’imaginaire. Et, contrairement à ceux de l’Europe, les jardins orientaux sont clos de murs. Ce sont des jardins pour le plaisir des sens, la détente et la fraîcheur qu’ils diffusent. Ils sont un centre au milieu du désert, de la demeure ou du palais. Divers textes, miniatures ou tapis les évoquent. Dans l’ancienne Perse, ils étaient nommés pairi-daeza : ce mot signifiant « espace fermé » a donné le mot « paradis ».

Cette conception du jardin clos fut élaborée, selon les historiens, entre le Tigre et l’Euphrate. Les traces archéologiques les plus anciennes se trouvent dans l’antique cité de Pasargades, au nord de Chiraz, cité fondée vers 560 avant notre ère par Cyrus le Grand. Sa structure était orthogonale, représentant les prémices du chahâr-bâgh, « quatre jardins », qui serviront de base aux jardins arabo-musulmans. Car le monde islamique ne rompît pas avec cette tradition.

Au sein de cet espace, l’eau prend une place majeure, car elle est l’élément vital pour les plantes, les fleurs et les arbres. On allait parfois très loin la chercher ou on creusait très profondément la terre pour ensuite la conduire, grâce à des aqueducs et des canaux, vers des bassins et des fontaines. Elle est au centre du jardin, où elle chuchote, où elle reflète. Dans des espaces très organisés comme celui de l’Alhambra, quatre canaux représentent les quatre fleuves du paradis, dessinant les huit parties du Coran. Canaux et bassins divisent l’espace selon un plan géométrique rigoureux. Cette organisation joue un rôle qui est à la fois fonctionnel et esthétique.

Le jardin arabo-musulman est un lieu privé, symbolisant la richesse et le pouvoir. C’est un lieu ombragé, et l’on y côtoie des arbres fruitiers, des fleurs aux parfums délicats et les chants des oiseaux. Nous dirions aujourd’hui que c’est un lieu de « bien-être », de détente, de rencontres amicales.

En cinq temps, l’exposition de l’Institut du monde arabe retrace l’histoire de ces jardins depuis la plus haute Antiquité jusqu’aux innovations contemporaines, de la péninsule ibérique au sous-continent indien. L’exposition débute par des photographies anciennes et des peintures du XIXe siècle, qui montrent les diverses techniques qu’utilisèrent les Arabes. Puis nous parcourons les salles où sont présentées plus de 300 œuvres d’art, issues de musées ou de collections privées. Nous y trouvons aussi des maquettes, de grands tirages photographiques et d’ingénieux dispositifs qui nous rappellent que ces jardins furent réalisés par d’habiles ingénieurs. Car sans la maîtrise de l’eau et des techniques d’irrigation, de telles réalisations auraient été impossibles.

L’autre but de cette exposition est d’ouvrir le débat sur le rôle que la nature peut jouer dans les grandes villes, à notre époque, pour relever le défi d’une durabilité environnementale. Sur le parvis de l’Institut, le paysagiste Michel Péna a repris les codes de ces jardins pour une évocation contemporaine. Ce jardin éphémère suit une organisation étagée pour distribuer les plantes et les arbres. Il y a même des dattiers qui ont pour fonction de protéger du soleil ardent les orangers et les néfliers. Quelque 1 500 rosiers nous révèlent une douzaine de variétés de cette fleur chantée par les poètes. L’eau rigole sur des céramiques, récupérée dans une cascade. Puis nos pas nous mènent à une immense anamorphose végétale créée par François Abelanet.

 

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Référence : LPA 22 Juin. 2016, n° 115y9, p.22

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