Jeux d’espions

Publié le 26/10/2022 - mis à jour le 26/10/2022 à 11H00

Un exemplaire de cette histoire d’espions sous le Consulat était affiché 310 €, lors du Salon du Livre rare

Librairie Blomet

Celui que l’on a appelé « l’espion de l’empereur », Charles Louis Schulmeister (1770-1853), a commencé sa carrière comme contrebandier, une activité rentable mais dangereuse. Napoléon auquel il fut présenté en 1804, vit en lui toutes les capacités qu’il pouvait lui offrir. Il ne s’était pas trompé, Schulmeister devint l’un des plus habiles agents de la police impériale. Sans doute sa renommée ne serait pas parvenue jusqu’à nous sans la série télévisée qui lui fut consacrée de 1971 à 1974. L’espionnage est une des composantes des États. À Sienne, par exemple, cinq Ufficiale sopra le spie (superviseurs des espions) étaient actifs dès 1252. À Venise, la délation fut utilisée comme un art. Les Habsbourg d’Espagne développèrent également des services de renseignement face au péril musulman et à l’essor des puissances protestantes. Nous pouvons encore citer le « Cabinet noir » de Richelieu ! Il ne nous appartient pas ici de dresser une encyclopédie des espions, mais de souligner un ouvrage que nous avons croisé lors du dernier Salon du Livre rare, dans la librairie Blomet.

Ce dernier, Alliance des Jacobins de France avec le ministère anglais suivie des stratagèmes de Fr….. Drake, sa correspondance, ses plans de campagne (à Paris, de L’imprimerie de la République, Germinal an XII 1804), relié en cartonnage rouge à la Bradel orné, couverture conservée, était affiché à 310 €. Cet ouvrage, qui n’est pas signé, mentionne toutefois sur sa page de titre que cette alliance est « représentée par le C.en Méhée, et le Ministère Anglais par MM Hammond, Yorke, et les Lords Pelham et Hawkesbury ».

Jean-Claude Hippolyte Méhée de La Touche (1760-1826) connut de nombreuses aventures, la prison et le bagne, créa plusieurs journaux, mais néanmoins servit comme agent de renseignement pour la police secrète sous l’Ancien Régime et tout à la fois Bonaparte et les Anglais. Ce personnage particulièrement intriguant monta en 1803, afin de déjouer une conspiration contre le Premier Consul, une opération d’infiltration des royalistes en exil à Londres, « dont il dresse des portraits caustiques », rapporte Michaud dans sa Biographie universelle (1837). Il se fit lui-même passer pour un contre-révolutionnaire poursuivi par la police française et parvint à mystifier l’un des meilleurs agents anglais de l’époque, Francis Drake (1764-1821), diplomate à Munich et soutien des royalistes. L’Angleterre, ignorant bien sûr ses véritables intentions, dota Méhée d’une somme de 192 000 livres pour sa contribution au renversement de Bonaparte. Cela fut-il exact ? Dans une lettre adressée en 1820 aux rédacteurs de la Biographie nouvelle des contemporains, il se plaignait d’être « depuis 25 ans l’objet d’une persécution dont la calomnie écrite a été le moyen ». Selon lui, il avait été diffamé par tous les auteurs de dictionnaires biographiques parus, notamment par les frères Michaud. Pourtant, l’auteur de la Biographie des contemporains (1824), considérait que ses mémoires « pour le moins curieux, constituent un passionnant roman d’espionnage fort piquant ».

Librairie Blomet, 58 rue Blomet, 75015 Paris

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