Julien Doré unplugged

Publié le 29/05/2018

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Après une tournée triomphale en 2017, des zéniths de France à l’AccorHotels Arena de Paris Bercy, Julien Doré aurait pu s’arrêter là et profiter du succès. Cette tournée qui correspondait à son spectacle rêvé avec ses 6 musiciens, une équipe de 60 personnes, un décor grandiose l’a cependant un peu éloigné de l’essence même de ce qui fait une chanson, les textes.

C’est pourquoi en ce mois de mai Julien Doré reprend sa tournée, mais dans un état d’esprit totalement différent.

Fini les grandes scènes, place à des espace intimistes (mais trop), ce sera l’Olympia pour une première salve de spectacles du 13 au 16 mai derniers puis les 22 et 23 juin prochains, et surtout ce sera seul, plus personne avec lui sur scène pour partager ses chansons, sa musique, ses délires…

Julien Doré seul sur scène, en acoustique, version intimiste, pour 1 996 personnes, une rencontre entre lui et vous.

Ce 16 juin dernier, l’Olympia faisait donc salle comble, les billets s’étant vendu en quelques heures.

Le public est hétéroclite, non ce ne sont pas seulement des fans hystériques, il y a des familles, des couples, des hommes plus que l’on ne peut l’imaginer.

L’ambiance est bon enfant et patiente gentiment avant le concert. La salle est aménagée avec de grands tapis, un piano droit, des guitares et des tables basses, quelques guirlandes lumineuses font penser à une guinguette…

Pour la première partie il avait invité des inconnus ou presque inconnus à lui faire parvenir une démo afin qu’il choisisse lui-même celui ou celle qui aura la chance d’entamer le concert. Ce soir-là elle s’appelle Céline et chante habituellement dans le métro ; elle est ravie d’être là, le public est poli et l’écoute sagement, trois petites chansons plus tard, Julien prend enfin possession des lieux.

Le décor est pensé comme un espace chaleureux, qui lui permet de se déplacer facilement du piano aux fauteuils pour prendre ses guitares. Il souhaitait que cela ressemble à son espace de création, qu’il soit comme à la maison… Nous entrons facilement dans cet univers, toutefois les chansons ne sont pas toutes reconnaissables aux premières notes, elles sont tellement dépouillées qu’il faut attendre les premiers mots pour les redécouvrir. Le pari est réussi, lui qui voulait déconstruire et revenir à l’essence même de ses chansons, telles qu’elles ont été écrites, déshabillées de tout.

On s’attendrait même à ce que lui-même se déshabille, se mette à jouer dans le plus simple appareil, le chanteur en serai capable, car son humour et son intelligence ne sont pas à quelques provocations près. Il joue de son charme mais le public n’est pas dupe, un jeu de séduction s’installe avec la salle et surtout les deux parties sont là pour se faire du bien. Alors oui ce soir-là on ne fera pas tourner les serviettes, ni de grandes chenilles, l’homme se veut plus posé, intime, et le public en redemande.

Les grands succès seront joués, des reprises de France Gall (Cet air-là) ou de Christophe (Aline) mais la surprise c’est la chanson de K-maro, succès des années 2000 (Une femme like you) qui bizarrement prend un autre sens quand c’est Julien Doré qui la susurre…

Ce soir-là Julien Doré a encore une fois envoûté son public, grâce à son timbre de voix puissant et habité, un jeu subtil de lumières qui joue avec l’artiste et le décor ; l’homme se raconte, fait les yeux doux, tout en trait d’esprit et en humour, cet homme est un véritable artiste qui chante, joue, improvise, se raconte, dans son processus créatif et artistique le tout avec humour, autodérision et poésie, que demander de plus…

LPA 29 Mai. 2018, n° 136s6, p.16

Référence : LPA 29 Mai. 2018, n° 136s6, p.16

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