Kees van Dongen et le Bateau-Lavoir

Publié le 15/05/2018

Kees van Dongen, Moulin-Rouge ou le Promenoir (Au café), vers 1904, huile sur toile, 30 x 43 cm, collection Plaussu, courtesy Galerie de la Présidence, Paris.

ADAGP 2018, Paris

Le Musée de Montmartre, situé sur la Butte, proche de la célèbre vigne et de l’emplacement du Bateau-Lavoir détruit par les flammes, qui a accueilli dans ses ateliers inconfortables tant d’artistes et Kees van Dongen en particulier, constitue l’endroit idéal pour présenter l’œuvre de ce peintre hollandais à l’occasion du cinquantenaire de sa disparition.

Les 65 huiles et dessins, réalisés entre 1895 et la fin des années 1920, accompagnés de photographies et de quelques documents, suivent l’évolution du peintre, notamment après son passage au Bateau-Lavoir. Doué très jeune pour le dessin, Kees van Dongen suit les cours d’une école d’art décoratif à Rotterdam ; à 20 ans, il travaille comme dessinateur dans une revue. Admirateur de Frans Hals et de Rembrandt, sa vocation est la peinture. Paris, centre culturel bouillonnant, lui semble la ville idéale pour développer sa création. Il s’y installe, en 1897, impasse Girardon à Montmartre ; un quartier bohème qui lui convient et où vivent de nombreux artistes qui connaîtront la célébrité. La vie est difficile pour le couple, Kees van Dongen exerce plusieurs petits métiers, réalise des dessins satiriques pour « Gil Blas » et « L’Assiette au Beurre » où lui, l’anarchiste, est fort à l’aise.

Un autoportrait en pied accueille le visiteur, une huile de 1895 où l’artiste se présente comme une silhouette tout de noir vêtue se détachant de la lumière d’une fenêtre, comme une ombre. Puis on entre dans son univers avec des compositions expressionnistes à la matière dense, telle Femme assise, début 1900, largement traitée en longues touches puissantes dans lesquelles la couleur l’emporte sur le dessin. Kees van Dongen fréquente le Moulin Rouge et autres cabarets et donne une vision personnelle de ces lieux de plaisir en des toiles fortes où prédomine la couleur, préfigurant sa période fauve et révélatrice de son indépendance dans la fermeté de la touche. Les Fêtards, impressionnante de vérité et de liberté ; cependant les tableaux peuvent paraître parfois assez lourds. Il demeure excellent dessinateur, en atteste une gouache de 1901 : Personnages.

On est saisi par la vérité des dessins dans lesquels il capte un mouvement, une attitude, telle la Femme à la voilette. Il brosse les rues de Montmartre, le Sacré-Cœur émergeant dans la lumière du soir, peintures traduisant une certaine immédiateté de réalisation. En 1905, il expose au Salon d’Automne. Il est alors dans le groupe que Louis Vauxcelles a nommé « Fauves » en raison de la priorité donnée aux couleurs pures ; Kees van Dongen devient l’un des représentants les plus audacieux de ce mouvement.

Devenu père d’une petite fille, Dolly, en 1905, il a besoin d’un autre atelier. En décembre, il emménage au Bateau-Lavoir où il retrouve Pablo Picasso et bien d’autres artistes : Georges Braque, André Derain, Maurice de Vlaminck, ainsi qu’écrivains et poètes. Auparavant, il a passé l’été à Fleury-en-Bière, chez son compatriote et peintre : Otto van Rees, dont sont exposées quelques œuvres. Kees van Dongen exécute des compositions rurales à la facture plus légère teintées d’impressionnisme qui contrastent avec les compositions réalisées l’année suivante.

La couleur est essentielle pour lui tout autant que l’effet de la lumière, parfois électrique, sur les corps. Le monde de la nuit l’intéresse, celui des cabarets et du cirque telle cette saisissante Écuyère, où tout est mouvement, puissance.

Une vraie amitié le lie à Pablo Picasso mais Kees van Dongen ne subit pas son influence, il demeure figuratif. Toutefois, on ne peut nier une certaine analogie entre Les Demoiselles d’Avignon et Les Lutteuses du Tabarin, dans l’organisation de la composition, mais Pablo Picasso peint les jeunes femmes en rose, schématise les formes tandis que Kees van Dongen évoque la sensualité des corps voluptueux en camaieu ocré. Peu à peu le peintre affine ses couleurs et, après l’érotisme il s’assagit. La dernière partie de l’exposition est consacrée au peintre mondain et reconnu. Son écriture s’est affinée, sa palette est délicate. Artiste singulier, fulgurant dans ses trouvailles Kees van Dongen a suivi une voie originale avec un sens superbe de la couleur.

LPA 15 Mai. 2018, n° 136e9, p.16

Référence : LPA 15 Mai. 2018, n° 136e9, p.16

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