Kléber Rossilllon : le bâtisseur de Castelnaud et Marqueyssac en Dordogne

Publié le 20/06/2017

De l’aéronautique à la gestion de lieux touristiques, portrait de Kléber Rossillon, un homme multi-facettes guidé par la soif de sauver le patrimoine français, tout spécialement en Dordogne, à une dizaine de kilomètres de Sarlat, au château de Castelnaud et aux jardins de Marqueyssac.

Castelnaud : un des châteaux forts dominant la Dordogne

Polytechnique et un début de carrière en tant qu’ingénieur qui le conduisent à travailler au Centre d’études spatiales de Paris en collaboration avec le ministère de la Défense sur le programme Ariane : peut-être est-ce de ce parcours que lui vient l’une de ses passions pour les armes ? Toujours est-il que Kléber Rossillon étant natif du village de Beynac et sa mère ayant restauré, pendant une grande partie de sa vie, ce piton rocheux, se passionne très jeune pour les vieilles pierres, les châteaux forts remplis d’armures et d’arquebuses.

Vue aérienne de Castelnaud.

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Attachés au patrimoine français et surtout à ce qu’il demeure entre les mains de Français et non d’investisseurs étrangers, Philippe et Véronique Rossillon, les parents de notre ingénieur, rachètent en 1966, presque sur un coup de tête, le château de Castelnaud, afin qu’il ne tombe pas dans une escarcelle peu scrupuleuse.

Quelques premières restaurations, des idées ingénieuses pour promouvoir le lieu et voilà notre scientifique qui abandonne sa carrière toute tracée d’ingénieur pour se consacrer à Castelnaud. Comme il le dit lui-même, il est passé de la fusée au trébuchet !

Volontairement construits pour limiter les dégâts causés par les engins de guerre d’antan, les murs du château, à l’épaisseur de 6 mètres par endroits, intriguaient depuis toujours Kléber Rossillon. Le défi est lancé : il fait construire des répliques d’haquebutes à crocs, de trébuchets, de mangonneaux. Grandeur réelle, ces machines de guerre sont installées sur certains contreforts et bastions du château et font l’objet de tirs et de démonstrations pendant les week-ends de mai et juin et les vacances d’été.

Passionné par les armes, voilà Kléber Rossillon qui se lance dans une série d’acquisitions comme celle d’un veuglaire (tout premier canon) du XVe siècle arrivé au château en 1988. Suivra toute une série d’armures, d’heaumes et de salades (casques faisant partie de l’armure), d’épées, d’arbalètes, d’hallebardes, de poignards ; collection complétée par le prêt d’une très belle collection d’arbalètes aux décors d’ivoire.

Castelnaud se transforme ainsi en musée de la guerre du Moyen-Âge ; permettant ainsi à tous les publics d’appréhender en s’amusant les grands conflits entre la France et l’Angleterre, lesquels avaient donné lieu à l’effroyable Guerre de cent ans.

Dominant la Dordogne, la forteresse de Castelnaud s’avère être ainsi un extraordinaire dispositif défensif des temps actuels, après la reconstruction pierre à pierre d’une imposante tour d’artillerie.

La salle des preux à Castelnaud.

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Fascinant « serial-entrepreneur », Kléber Rossillon n’ayant pas assez de travail à faire a racheté le château de Marqueyssac, juste en face de Castelnaud, pour s’attaquer à ses jardins avant de promouvoir et de gérer d’autres lieux touristiques.

Marqueyssac : la propriété aux 150 000 buis taillés

Accrochés aux terrasses, les jardins de Marqueyssac sont une prouesse jardinière.

Sauf à n’avoir aucun sens artistique, il est impossible d’être indifférent à la découverte de ces jardins suspendus. Sans même être un passionné de jardins, on ne peut que s’émerveiller devant ce parterre de coussins de buis aux formes adoucies par la main de l’homme. Même dépourvu de tout penchant sentimentaliste, il est difficile de ne pas tomber sous le charme du romantisme exacerbé qui exhale de ces parterres.

Vue aérienne de Marqueyssac.

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Marqueyssac, c’est non seulement 150 000 buis taillés à la main ; mais aussi un petit château du XIXe siècle à l’étonnante toiture de lauzes et au panorama à couper le souffle grâce à une position dominante sur la rivière Dordogne permettant de voir au loin les châteaux de Castelnaud, de Beynac, de Fayrac, de La Roque-Gageac.

Pas étonnant donc, que le sérieux guide vert touristique Michelin crédite le belvédère d’un 3 étoiles, d’un « vaut le voyage », car à 130 mètres de haut, le panorama sur la Dordogne, les villages alentour et les forteresses médiévales est tout à fait exceptionnel.

Jardin remarquable depuis 2004, Marqueyssac revit grâce à 15 ans de travail de son propriétaire, Kléber Rossillon, et du jardinier en chef, Jean Lemoussu. Certes les buis remontent au temps de Le Nôtre et l’influence italienne et naturaliste du XIXe siècle avait façonné le végétal pour lui donner des formes extravagantes de douceur, mais dame Nature avait repris ses droits et les buis non entretenus étaient devenus un amas fou, non dompté, une forêt d’arbustes de 6 mètres de haut. On doit à Kléber Rossillon, à Jean Lemoussu et à leurs équipes la renaissance complète et parfaite de ces buis. Drastiquement coupés il y a près de 20 ans ; ils offrent aujourd’hui, suite à 3 ou 4 coupes régulières et manuelles par an, le paysage de courbes adoucies, de lignes dominées, de ronds maîtrisés.

Les buis de Marqueyssac.

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De retour vers le petit castel, l’art topiaire reprend le dessus ; mais là domine le « chaos » avec une vision contemporaine du buis taillé. Morceaux de sucre éparpillés, fragments de verdure de l’irlandaise Chaussée des géants : à chacun sa version de cet amoncellement de blocs épars de buis, eux aussi, savamment taillés.

Le romantisme perce à chaque bosquet, et si en été vous êtes là lors d’une des soirées aux chandelles (tous les jeudis de juillet et d’août) ; alors vous succomberez complètement.

LPA 20 Juin. 2017, n° 127q0, p.22

Référence : LPA 20 Juin. 2017, n° 127q0, p.22

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