La clé de la villa de Tarare

Publié le 24/06/2024

Cette clé d’époque Gallo-romaine du IIe siècle a été adjugée 160 000 €

Aguttes

Les Romains fermaient leur porte à clé. Depuis l’approche des Barbares, ces étrangers, barbaros en grec, il convenait de se méfier et se protéger. D’abord, ils ne parlaient ni le grec, ni le romain ; il n’était alors pas facile de se comprendre. Bref, on s’inspira des antiques serrures égyptiennes fabriquées en teck, un bois réputé pour sa solidité. « On déverrouillait cette serrure au moyen d’une grande clé courbée, munie de goupilles de longueur et de disposition bien précises. On l’insérait à l’intérieur du verrou par une fente pratiquée à cette fin », expliquent les encyclopédies. Les Romains, eux, perfectionnèrent leur serrure grâce au bronze et mirent au point des systèmes à poussoir et à rotation que l’on connaît aujourd’hui au XXI; c’est encore une encyclopédie qui nous l’apprend. Quant aux clés, en bronze, elles étaient naturellement de toute taille ; mais à l’origine des petites clés ornaient une bague. Celles-là étaient offertes par le mari à son épouse en signe de haute main sur le trésor de la maison ou pour verrouiller les coffrets à bijoux de la dame romaine. Ces bijoux fort utiles ont disparu avec le temps et ne subsistent que quelques rares grandes clés, notamment, celle dite de Tarare, « la plus célèbre des clés romaines qui soit parvenue jusqu’à nous », selon Henry-René d’Allemagne (1863-1950), auteur de La serrurerie ancienne à l’Exposition universelle de 1900, ouvrage publié à Saint-Cloud en 1902.

Cette clé (longueur totale : 25,9 cm), datée du IIe siècle après J.-C. a été adjugée 130 000 €, à Neuilly, le 28 mai 2024 par la maison Aguttes, assistée par Grégoire de Thoury. Cette clé en fer et en bronze a été découverte dans une vigne, sur la montagne proche de la ville de Tarare, dans le Rhône. Elle est datée de la période gallo-romaine, et fut exposée à l’Exposition universelle de 1867 ; elle fut décrite dans la revue Le Magasin Pittoresque de la même année. En fer et bronze, elle est composée d’un canon à accueillage circulaire, creux, et dont le panneton à deux bouterolles sont adossées, en fer. La poignée, totalement en bronze, représente Silène assis sur une outre dont il sert le col de sa main droite, ses yeux sont incrustés d’argent et ses tétons incrustés de cuivre. Sa main gauche tient une grappe de raisin. Le groupe est posé sur un grand cratère à panse quadrillée et à deux anses dont une a disparu avec les temps.

On connaît seulement trois autres modèles comparables, conservés, l’un au Louvre, l’autre au Cleveland Museum of Art et le dernier au Getty Museum, tous plus petits. Selon l’expert Grégoire de Thoury, cette poignée servait à fermer la porte d’une villa considérable. D’autres avant lui ont pensé qu’elle devait clore la porte d’un cellier de type cella vinaria, où l’on déposait, après vendange, les vaisseaux remplis de vin nouveau. Ou alors, elle fermait les portes d’un temple…

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