La collection Ordrupgaard

Publié le 09/11/2017

Paul Gauguin, Portrait d’une jeune fille, Vaïte (Jeanne) Goupil.

Ordrupgaard, Copenhague / Anders Sune Berg

Visiter une collection, c’est pénétrer dans l’univers d’un amateur d’art, entrer dans son jardin secret, découvrir ses préférences artistiques. Wilhelm Hansen, important homme d’affaires danois et son épouse Henni ont acquis l’essentiel de leurs tableaux entre 1916 et 1918.

Ils se sont intéressés au pré-impressionnisme, à l’impressionnisme et au post-impressionnisme jusqu’au fauvisme. Un « coup de foudre » pour la peinture française que Wilhelm Hansen découvre lors de ses nombreux voyages à Paris. Les 40 toiles réunies au musée Jacquemart-André regroupent les plus grands noms de la peinture de la seconde moitié du XIXe au début du XXe siècle. La richesse et la diversité de ces œuvres est immense puisque figurent Corot, Courbet, Manet, Gauguin, Cézanne, Monet, Renoir, Degas et bien d’autres.

Découvrir cette exposition bien mise en valeur par le scénographe Hubert Le Gall est un vrai plaisir esthétique. Le parcours se développe en huit sections consacrées aux différentes traductions du paysage et autres thèmes et l’on mesure le goût sans faille de Wilhelm Hansen parfois conseillé par Théodore Duret, défenseur de l’impressionnisme. Au Danemark, les œuvres sont présentées au musée d’Ordrupgaard, proche de la capitale dans l’ancienne et superbe demeure entourée d’un vaste parc construite par le couple Hansen qui a légué sa collection à l’État.

Très tôt Jean-Baptiste Corot s’est intéressé au paysage, travaillant sur le motif à Fontainebleau puis à Barbizon. Il peint dans un raffinement de nuances et de matière et sans doute est-il, en partie, à l’origine de l’impressionnisme. En témoigne un sensible paysage de Côte d’Or tout en délicatesse. Claude Monet, exposé près de lui a prolongé cette vision avec ses variations de l’atmosphère suivant les jours et les heures ainsi Le Pont de Waterloo à Londres par temps gris, l’une des 40 variantes sur ce thème. Intéressante confrontation entre ces deux artistes. Les tableaux de Camille Pissarro qui a sollicité en son temps les conseils de Jean-Baptiste Corot puis s’est lié avec Claude Monet se révèlent parfois plus rudes dans un vocabulaire simple, il saisit les jeux de lumière. Il est présenté en compagnie d’Alfred Sisley qui pratique une touche légère et des couleurs changeantes. De salle en salle on retrouve l’éclectisme des Hansen.

Si les paysages constituent la majorité des thèmes, une Corbeille de poires d’Édouard Manet présentée dans sa vérité toute simple, d’un bel équilibre, travaillée en un camaieu d’ocres sous une douce lumière affirme une fois encore son talent. Des fleurs peintes par Paul Gauguin aux Fleurs et fruits fauves signées Henri Matisse que séparent près de 20 ans, ce sujet continue à séduire les artistes. La présence silencieuse des fruits et fleurs c’est un peu celle de la nature.

D’Edgard Degas, le public retient volontiers les Danseuses, mais c’est restreindre son art. Il a peint des personnages dans Femme se coiffant entre grâce et simplicité. Son regard emprunte à la toute récente photographie et fait de lui un artiste de la modernité. Si ce peintre délaisse la nature, elle enchante Gustave Courbet, son réalisme, sa proximité avec la forêt et les animaux a touché Wilhelm Hansen ; on découvre par exemple Le Change, épisode de chasse au chevreuil, l’artiste en fait un symbole de problèmes sociaux. Dans un autre registre il évoque les falaises d’Étretat à la mer houleuse, presque dramatique.

Autre volet de l’exposition, les personnages : Paul Cézanne et des Baigneuses en osmose avec le paysage, vivantes et traitées dans une sorte de monumentalité occupant pleinement l’espace. Auguste Renoir excelle dans les portraits d’adultes et d’enfants ; Portrait d’une Roumaine retient l’attention évoquée dans une palette chaleureuse. À l’opposé, La Femme à l’éventail, que Berthe Morisot exécute en des teintes pastel. Une salle est consacrée aux différentes périodes artistiques de Paul Gauguin depuis La Petite rêve presque évanescente jusqu’aux toiles colorées réalisées dans les îles. Le collectionneur n’a pas oublié les peintres de son pays, ainsi l’on revoit avec un réel plaisir la peinture d’Hammershoi et Larsen ou Kobke.

 

LPA 09 Nov. 2017, n° 130x4, p.16

Référence : LPA 09 Nov. 2017, n° 130x4, p.16

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