La coquette et l’impertinent

Publié le 10/12/2021 - mis à jour le 10/12/2021 à 11H02

De Nicolas de Largillierre, portrait d’un gentilhomme à la cape rouge (1690).

Galerie Alexis Bordes

Avant de présenter son exposition consacrée aux « Mythes et Figures au temps du Grand Siècle », Alexis Bordes s’est appuyé sur un constat établi par Pierre Corneille (1606-1684) : « La comédie n’est qu’un portrait de nos actions et de nos discours et la perfection des portraits consiste en la ressemblance ». On chercherait en vain sur les cimaises de sa galerie des portraits de comédiens. Quoique l’on peut se demander si le modèle exécuté par Louis Elle, dit Ferdinand l’Aîné (1612-1689), n’a pas joué une comédie ou des comédies en sa faveur. Il pourrait s’agir de Charlotte-Marie de Lorraine-Guise, plus connue sous le nom de Demoiselle de Chevreuse (1627-1652). Elle défraya la chronique du temps par ses galanteries. Durant la Fronde (1648-1653), elle devint la maîtresse de Jean-François Paul de Gondi (1613-1679), futur cardinal de Retz. Elle entra ensuite dans le lit de Louis II de La Trémoille, dit Noirmoutier (1612-1666), puis dans celui de Louis-François Le Fèvre de Caumartin (1624-1687). Son mariage avec Armand de Bourbon, prince de Conti (1629-1666) ne se fit pas plus qu’avec Paul Mancini (1636-1652). Finalement, ce fut l’abbé Basile Fouquet (1622-1680), frère de Nicolas Fouquet qui conquis – peut-être – son cœur. Cela ne dura pas longtemps, elle mourut trop tôt à l’âge de vingt-cinq ans.

Le portrait (55 x 46 cm) montre une jeune femme souriante et rayonnante, le regard entendu et quelque peu aguicheur. Elle est somptueusement vêtue d’une robe en soie brodée de fils d’or et d’argent. Des parures de rubis, saphir et perles et un grand pendentif en diamants et de grosses perles ornent sa robe et son corsage. Une cape de drap d’or brodée d’argent et doublée de soie cramoisie recouvre son épaule droite pour lui donner encore plus d’éclat.

Nous pourrions imaginer que le Gentilhomme à la cape rouge (59,2 x 48,9 cm), qui lui fait face dans la galerie, a croisé le chemin de la jeune femme que l’on pense être la Demoiselle de Chevreuse. Peint par Nicolas de Largillierre (1656-1746), ce jeune homme à la haute et blonde perruque, dont les traits sont marqués par un petit air d’insolence, se serait bien accordé avec elle. Mais une génération les sépare. Le portrait a été exécuté en 1690. Quoiqu’anonyme, le modèle appartenait sans doute à la meilleure société de son temps. Les portraits réalisés par Largillierre étaient considérés comme des symboles de reconnaissance sociale. « Son pinceau prodigue de merveilleux effets de matière, permettant de retranscrire la splendeur des étoffes telles que l’habit bleu et l’épaisse draperie de velours rouge qui entoure le modèle », note Mégane Ollivier, rédactrice du catalogue. Largillierre cherchait avant tout à traduire la psychologie de ses modèles. Cela pourrait devenir un jeu, peut-être avec l’aide du graveur et collectionneur Pierre-Jean Mariette (1694-1774), qui affirmait que « jamais peintre n’a été plus universel que Largillierre ».

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