La Costituzione e la bellezza

Publié le 20/12/2016

À l’heure où l’Italie vient de vivre un référendum constitutionnel, La Costituzione e la bellezza, cosigné Michele Ainis, constitutionnaliste et éditorialiste, et Vittorio Sgarbi, critique et historien d’art qui vient de se faire remarquer par sa position dans l’affaire des escaliers de la Piazza di Spagna à Rome, est d’une totale actualité et la dépasse en même temps. Sonnant comme un magnifique programme, La Costituzione e la bellezza élève le débat à une hauteur symbolique, esthétique et juridique exceptionnelle. Il donne à connaître et comprendre ce qui fait lien en Italie et en quoi la Constitution italienne incarne autant l’idée de beauté. Il est vrai que toutes les Constitutions ne visent pas l’art comme indissociable de la liberté, ainsi du fameux article 33 : « L’arte e la scienza sono libere e libero ne è l’insegnamento ».

À quoi tient la beauté d’une Constitution ? Aux mots évidemment. Michele Ainis explique l’histoire de l’écriture de la norme fondamentale italienne et comment in fine elle est devenue un texte littéraire tout en sobriété et élégance, aux hautes propriétés lexicales. Aux chiffres aussi ! Ainsi du chiffre 139, le nombre d’articles autour duquel Ainis tisse une analyse étonnante. Aux idées enfin que les mots et les chiffres mettent en scène et en place. Ainsi s’explique la dimension esthétique qui vibre dans les articles de la Constitution. Décryptés un à un par les auteurs, ils sont passés au filtre d’une lecture artistique. Ce n’est pas tous les jours que l’on est capable de commenter et analyser comme ils le font pour l’article 1 – celui qui proclame la république démocratique fondée sur le travail – en convoquant Dante, Pétrarque, Pier Paolo Pasolini et pour d’autres Henri Rousseau, Virgile ou Gustave Doré.

Comment décrypter le lien entre beauté et Constitution ? Sgarbi pose la question essentielle : « Vuol dire che la Costituzione e bella o che la bellezza e costituzionale ? ». Le fait même de s’interroger sur le sens du lien entre beauté et Constitution témoigne de l’impossibilité de penser le droit constitutionnel italien sans mobiliser l’idée de beauté. Sgarbi n’y va pas par quatre chemins, rien que de très normal pour lui puisque l’Italie a l’ADN de la beauté dans sa nature, ce qui la distingue définitivement de tout autre pays ! Comment pourrait-il en être autrement du pays d’Amalfi, Ferrare, Mantoue, de Michel-Ange, du Caravage, de Raphaël, de Léonard… Convoquant le cinéma, la sculpture, la peinture, les auteurs démontrent, avec un plaisir qu’ils auraient du mal à cacher, les fondements esthétiques de la Constitution italienne et sa foi en l’idéal de beauté décliné dans la déclaration des droits ou dans l’organisation politique qu’elle s’est choisie. Une question, fort sérieuse, ne manque pas de nous interpeller : que penser des révisions constitutionnelles ? Nécessaires, souhaitées, votées démocratiquement, s’intègrent-elles à l’édifice harmonieux voulu par le constituant ou sont-elles de nature à effriter l’ouvrage ?

Un livre d’art. Le livre d’Ainis et Sgarbi est riche d’illustrations. Imprimé sur un papier dont on aime tenir la matière entre les mains, hommage à ce qui est beau, il est lui-même un bel objet. Il s’ouvre sur le tableau de Giuseppe Pellizza da Volpedo : Il Quarto Stato, et se ferme sur une fresque de Piero della Francesca. Le droit est ainsi accompagné par les artistes. On aura compris que ce bel ouvrage, une idée pour un cadeau de Noël, n’est pas traduit en français. Et alors ? On pourra apprécier la beauté de la langue italienne sans le filtre de la traduction et faire ainsi totalement l’expérience de la beauté dans le droit qui lui-même ne trouve de sens que dans la beauté comme idéal et fondement.

À lire également

Référence : LPA 20 Déc. 2016, n° 123d5, p.23

Plan
X