La promesse de l’autre

Publié le 28/11/2017

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La promesse de l’aube, combien sommes-nous à avoir été touché, bouleversé par ce récit dit autobiographique qui nous révèle l’histoire, les failles, les passions de ce personnage quasi historique que fut Romain Gary. Toutefois peu d’entre nous doivent leur carrière, voire leur destin à ce roman, François-Henri Désérable, si !

C’est sur les traces de Romain Gary et d’un certain M. Piekielny que nous entraîne François-Henri Désérable, de Vilnius à Venise, Paris, Washington, Lima…

Nous traversons l’Europe d’aujourd’hui et celle d’hier, mais on se perd en route. Suit-on Romain Gary ou François-Henri Désérable ? On ne sait plus bien, tout se mêle, s’emmêle…

Est-ce l’histoire d’un homme, ou des hommes ? M. Piekielny, Romain Gary ou François-Henri Désérable ?

Présenté comme une enquête, celle-ci ne mène nulle part, si ce n’est à mieux connaître Gary et Désérable.

C’est l’histoire d’une promesse. « Quand tu rencontreras de grands personnages, des hommes importants, promets-moi de leur dire : au n° 16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilmo, habitait M. Piekielny… ». Cette promesse faite à une petite souris triste alors qu’il n’est qu’un enfant va poursuivre Romain Gary toute sa vie, et alors qu’il rencontre les plus grands, il ne cesse de se rappeler à ce serment.

Un auteur nommé Désérable

Mais tout cela n’est qu’un prétexte. François-Henri Désérable aurait aimé résoudre une énigme, mais n’est pas enquêteur qui veut !

Cet ancien étudiant en droit, hockeyeur professionnel, est un écrivain-né, qui aligne les références littéraires, joue avec les mots comme il maniait le palet sur la glace.

Il virevolte, il glisse d’une référence à une autre, il joue avec les mots et l’autofiction, un peu comme Gary ; il ne manque plus que les identités multiples… Son style est brillant, sa volonté touchante.

On traverse l’histoire contemporaine, la guerre, les massacres, le ghetto de Wilmo, l’effroyable forêt de Ponar, mais on en retient un récit sur l’histoire de la littérature et des auteurs qui ont porté Romain Gary, qui l’ont influencé, pour certains plus qu’on ne le croit. On pense notamment à Gogol et son livre Le Révizor.

C’est un livre sur la vérité sur ce qu’est la vérité dans la littérature : « où finit la vérité ? Où commence le mensonge ? Qu’est-ce qu’un mensonge, sinon une variation subjective de la vérité ? ».

C’est l’histoire d’un monde passé, celui d’hier mais c’est aussi notre histoire que l’on porte encore et qui revient si fort en ces temps troublés…

Alors peu importe de savoir si ce fameux M. Piekielny a vraiment existé, d’ailleurs un autre auteur lui a récemment donné vie dans un roman qui retrace les dernières heures de Romain Gary à Wilmo, avant son grand départ pour la France, dans Romain Gary s’en va-t’en guerre (NDLR : C. Slobodansky, Vingt-quatre heures de la vie d’un homme, LPA des 14/15 sept. 2017, n° 129t6, p.21).

Alors de guerre lasse, on en revient au mot, au sens des mots, et à la littérature pour ainsi « tenir le monde en vingt-six lettres et le faire ployer sous sa loi ».

   

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