La religion cachée de Clovis Trouille

Publié le 07/03/2022 - mis à jour le 03/08/2022 à 12H09

Ce bureau plat à caissons, inspiré de la commode aux singes de Cressent, est estimé 25/35 000 €.

Mirabaud Mercier

Quel est le plus intéressant, l’homme ou bibliothèque contre laquelle il est adossé ? Cette bibliothèque est considérée comme une « vitrine d’exposition à deux corps » ou « meuble de collectionneur en acajou ». Il est attribué à Louis Majorelle (1859-1926), et sera mis en vente à Drouot, le 29 mars prochain par la maison Mirabaud Mercier, avec une estimation de 5/8 000 €. Il a appartenu à Clovis Trouille. Ce dernier, proche des surréalistes, se disait « peintre subversif, antimilitariste et anticlérical ». André Breton l’avait baptisé : « Le grand maître du tout est permis » ! Pour en savoir plus sur lui, il aurait été nécessaire d’acquérir les lettres et photographies datées de 1958 à 1970, réunies dans une boîte de J. Mercier, adjugées 1 105 €, à Drouot, le 18 juin 2021 par la maison Bergé & Associés, lors de la dispersion de la troisième édition de « Mille nuits de rêve : bibliothèque de Geneviève et Jean-Paul Kahn ».

Ces documents étaient-ils rangés dans ce meuble imposant que l’on dit avoir été conçu par Majorelle, l’un des principaux décorateurs du mouvement Art nouveau de l’École de Nancy ? Clovis Trouille organisait en effet les objets et documents nécessaires à ses constructions mentales dans l’une des vitrines. Cette bibliothèque devenait par l’usage une sorte de cathédrale anticléricale. Un commentaire rapporté par Henri Lambert, le petit-fils de l’artiste, donne une idée du processus mental de son grand-père : « Tout gamin, je déchiffrai péniblement un petit carton qui se trouvait dans une des trois petites vitrines, alors juste à ma portée : déboutonnez votre cerveau aussi souvent que votre braguette ». Clovis Trouille était un amateur éclairé des productions des grands ébénistes du XIXe siècle.

L’une des pièces parmi les plus remarquables de la collection du Château de Jouac est un buffet de Paul Sormani, inspirée d’une œuvre de Carlin Martin. D’origine lombardo-vénitienne et établi à Paris dès 1847, Paul Sormani dotait ses pièces d’une riche ornementation de bronzes à la technique parfaite. Ce buffet, pour le moins chargé mais élégant est estimé 30/ 40 000 €. Un bureau à cylindre signé par le même ébéniste est un mélange de Riesener et Weisweiler, et présente la même marqueterie de losange que les meubles de Marie-Antoinette qui sont à Versailles. On en demande 15/20 000 €. Plus surprenant, mais beau, un bureau plat à caissons attribué à Joseph-Emmanuel Zwiener, inspiré de la commode aux singes de Cressent, entièrement revisité avec une exubérance folle, devrait atteindre 25/35 000 € ».

Plan
X