La Reyonnah, voiture passe-partout

Publié le 15/04/2022

Cette voiturette, le prototype n° 1, construite en 1950, a été adjugée 83 440 €.

Artcurial

« Ceci n’est pas un jouet, mais une vraie voiture », écrivait, en 1951, l’auteur d’un article présentant la Reyonnah 175. « Elle est peu encombrante, consomme trois litres aux cent et se plie en tenant presque aussi peu de place qu’un transat, poursuivait-il. De plus, pas besoin de permis de conduire. Délai de trois mois pour la livraison et seulement 10 000 francs à verser à la commande ». Après la guerre, un inventeur du nom de Robert Hannoyer constata que la majorité des voitures étaient occupées par une seule personne, tandis que les besoins en moyens de transport sont importants. Il se lança donc dans la fabrication d’une « microcar ». Sans dessin, il façonna une carrosserie plutôt élégante, inspirée de l’aviation et dota sa petite auto d’un monocylindre AMC 175 cm3. Une fois achevée, il la baptisa de son nom prononcé à l’envers, « Reyonnah ». Le prototype n° 1 à coque en duralinox de cette étrange automobile a été adjugé 83 440 €, par Artcurial au cours du salon Rétromobile.

La Reyonnah présentée au Salon de l’Auto de Paris 1950 remporta tout de suite un grand succès, d’autant qu’elle était équipée d’un dispositif de roues avant rétractables sous l’habitacle, lui permettant d’entrer dans un espace réduit. Ce n’était pas la première fois que, depuis l’invention de l’automobile, un système du genre avait été utilisé. Dans les années 1930, Cadillac avait installé à l’arrière de l’un de ses modèles une cinquième roue perpendiculaire rétractable qui permettait à la voiture de pivoter et ainsi éviter les créneaux. Ce système fut repris dans les années 1950 dans certains nouveaux modèles de la même marque, et il fait toujours rêver. La Triggo, la voiture électrique pliable lancée en 2008 reprit cette idée, comme la CT-1 de City Transformer israélienne.

La Reyonnah établit plusieurs essais contrôlés par l’ACF dont un en 1951 à l’occasion d’un Paris-Chartres-Paris, puis sur l’autodrome de Montlhéry en 1952 où elle parcourut 50 km à plus de 95 km/h de moyenne. Elle participa même à plusieurs concours d’élégance, dont celui d’Enghien-les-Bains avec l’actrice Paulette Dubost (1910-2011), accompagnée de sa fille Christiane, et encore à Bagatelle. Il est vrai que cette voiturette avait une certaine allure. Il suffit de la voir de profil, coiffée de son habitacle transparent ou de sa capote bleue ou rouge. L’intérêt du public pour ce « passe-partout » avec son 0,75 cm de largeur, ses roues avant repliables, et son 1,45 m lorsqu’elle roule pouvant accueillir un chauffeur et un passager, permettait d’envisager une production industrielle. Hélas, des difficultés liées à la logistique freineront cette production et la limiteront à une dizaine d’exemplaire sortis des ateliers blésois. La société des véhicules Reyonnah ferma ses portes en 1954. Deux prototypes furent soigneusement conservés, celui qui vient d’être vendu et le second immatriculé en 1953, qui a été adjugé 125 160 €, par la même maison Artcurial lors de la vente Rétromobile de 2014. Et nous pouvons nous exclamer : elles roulent !

• Artcurial, 7 rond-point des Champs-Élysées, 75008 Paris France.

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