La richesse royale de Boulle

Publié le 01/07/2024

Bureau à tête de femme, André-Charles Boulle, du modèle du prince de Condé, vers 1715-1720

Musée Condé

Le bureau Mazarin conserve une image flatteuse, non pas parce que le Cardinal s’était assis devant lui avant de signer décrets et traités, mais parce que le meuble en lui-même est le plus souvent d’une belle facture. Un bureau Mazarin en marqueterie de fleurs, ouvrant à sept tiroirs et un guichet, à décor de bouquets dans des losanges (le revers plaqué), reposant sur un piétement à huit pieds en gaine réunis quatre à quatre par des entretoises, a été adjugé 3 882 €, à Drouot, le 15 mai 2024 par la maison Audap & Associés. Si élégant soit-il, ce type de bureau n’était guère pratique, on s’asseyait de biais devant lui pour travailler, un genou enfoncé dans le petit espace sous le plateau et l’autre genou dehors. Tout simplement parce que la plupart des nobles de l’époque portait l’épée au côté. L’histoire ne dit pas si la soutane du cardinal nécessitait elle aussi cette position…

Ce que l’on appelle bureau, aujourd’hui, est une table à écrire, une table plate. Elle a gardé le nom des pupitres inclinés, en souvenir des moines copistes qui recouvraient leurs écritoires d’une pièce de tissu afin de protéger les reliures. Le terme « bureau » prend son origine dans le nom de ce drap : la bure. On doit cet aspect plat, qui n’a pas été modifié depuis, à André-Charles Boulle (1642-1732). Celui-ci, issu d’une famille d’ébénistes, s’installa à Paris vers 1630 et montra certaines prédispositions pour le dessin et la peinture. Il étudia la marqueterie auprès de Jan Ghermaens ou Jean Armand (avant 1600-1670), qui utilisait l’écaille de tortue, la nacre et l’ivoire, alliés aux ferrures et poignées de métal doré.

Face à ce type de marqueterie, les amateurs pensent reconnaître les productions de Boulle et ses fils. Ce qui n’est pas toujours le cas, car cette « marqueterie en bronze doré » a inspiré nombre d’ébénistes et s’est propagée à travers les siècles. Le style Napoléon III, par exemple, a fait du Boulle. André-Charles Boulle a été reçu maître en 1666. On connaît assez mal ses débuts, car il ne possédait pas d’estampille. Toujours est-il qu’en 1672, Colbert le remarqua, lui donna un logement dans la Grande galerie du Louvre et le fit travailler. Les commandes vinrent alors de Versailles. « Boulle est à l’origine d’une véritable révolution du mobilier », note Mathieu Deldicque, conservateur en chef et directeur du musée Condé, qui présente la première exposition consacrée à cet ébéniste. Au sein des Grands appartements des princes de Condé, au château de Chantilly, ses plus belles créations brillent les unes à côté des autres. Notamment certaines pièces, qui les ornaient avant la Révolution française. Celles-ci ont regagné les lieux pour la première fois depuis 1793. C’est un festival, les bureaux plats se côtoient, brillant de marqueterie de laiton et d’écaille ; et l’on décèle l’évolution des formes, l’écartement des pieds, leurs cambrures. Ce n’est pas pour rien que l’on nomme ces « tables » des bureaux de ministre. Parmi ces meubles, outre les bureaux, des commodes, des consoles et même des lustres, on distingue une reliure unique en marqueterie d’écaille et bronze, au chiffre de Louis XIV couronné.

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