La trousse du barbier

Publié le 22/05/2024

Cette trousse de barbier ayant appartenu à Olivier le Daim est estimée entre 2 000 et 4 000 €

Rouillac svv

Dans un établissement versaillais, un groupe théâtral, le GTE, avait été fondé dans les années 1960, par un professeur épris de littérature classique. De la congrégation des Eudiste, le père Michel Geschwind, tel était son nom, dirigea ainsi un grand nombre d’élèves. Il y eut parmi eux un futur académicien français et quelques écrivains, chroniqueurs de radio et autres… et aussi un parfumeur. Ce dernier joua avec brio le rôle du roi Louis XI dans une comédie en un acte de Théodore de Banville (1823-1891), Gringoire. Celle-ci, jouée pour la première fois en 1866, met notamment en scène un jongleur qui se retrouve face au roi, entouré de quelques personnages dont notamment Olivier le Daim, de son vrai nom Olivier Necker, barbier dont le roi s’était entiché et qui avait, par la suite, acquis la réputation d’être un homme perfide et mauvais au point qu’on l’avait quelquefois surnommé Olivier le Diable. Cette réputation s’explique par la montée en puissance de ce barbier devenu conseiller du roi et très fortuné. On le retrouve dans l’œuvre Notre Dame de Paris, de Victor Hugo, sous le nom d’Olivier le Mauvais. Louis XI l’anoblit en le nommant « le Daim » et interdit qu’on l’appelât « le Mauvais ».

Olivier pousse le jongleur à réciter devant le souverain un poème intitulé : Le Verger du roi Louis, autrement dit La Ballade des pendus. Tremblant, il s’exécute et, contrairement à ce que l’on pourrait penser, Louis ne se mit pas en colère et le sauva de sa misère (Georges Brassens reprit d’ailleurs Le Verger du roi Louis, en 1960). Le barbier devenu ministre revient dans quelques jours, mais sans Gringoire, dans une vacation organisée le 26 mai par la maison Rouillac, au château d’Artigny. Il apparaît en effet avec sa trousse. Celle-ci est en laiton et cuir sur une âme de bois cloutée. Deux couvercles s’ouvrent par des boutons-poussoirs en partie supérieure. Le plus grand découvre trois compartiments, dont deux recouverts d’abattants en laiton gravé. Il contient encore un compartiment en partie basse. Cet objet, que l’on dit avoir été retrouvé au château de Plessis-lèz-Tours par un descendant d’Olivier le Daim, passé ensuite entre les mains de quatre collectionneurs, est estimé entre 2 000 et 4 000 €.

Deux documents autographes, dont un relatif à sa provenance, sont joints à cette trousse. On y a jouté le compte rendu d’un test au carbone 14 qui établit deux intervalles de datation : le premier entre 1457 et 1529 le second entre 1542 et 1634. Sachant qu’Olivier le Daim est né vers 1428 et mort en 1484, l’origine de cette trousse semble être confirmée. Rares sont les objets de ce type à nous être parvenus. On oublie que, durant la période médiévale, les barbiers disposant de rasoirs, virent peu à peu leurs fonctions étendues : traitement des plaies ouvertes, incisions d’abcès, saignées, réduction des fractures. Ambroise Paré (vers 1509-1590), le plus célèbre des chirurgiens, sut peu à peu s’imposer grâce à ses qualités naturelles comme le chirurgien des rois, et est considéré comme le roi des chirurgiens.

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