L’art brut japonais à la Halle Saint-Pierre

Publié le 07/02/2019

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La Halle Saint-Pierre exposait, il y a huit ans, des artistes de l’art brut japonais ; une découverte pour de nombreux visiteurs, car cette démarche artistique, dont le père fondateur est Dubuffet, semblait réservée à l’art occidental. Le Japon, en particulier, a pris conscience de l’intérêt qu’il fallait porter à l’art de ces personnes souffrant d’inadaptation à la société, de dysfonctionnement intellectuel, pour d’autres, demandant une attention particulière.

Une deuxième série d’œuvres de ces créateurs, témoins d’une grande et intéressante créativité, est actuellement présentée. Ces compositions, singulières, hors normes pour la plupart, en majorité figuratives et souvent bien réalisées, révèlent un monde réinventé, parfois fantastique ou joyeux. Elles sont nées de l’invention, de l’imaginaire de ces auteurs parfois enfermés en eux-mêmes.

L’art brut prend une place particulière, importante dans la création contemporaine. Chaque artiste exprime son monde intérieur, ses fantasmes ou ses admirations, sans contrainte, sans barrière, et l’on apprécie cette liberté de pensée et d’écriture qui confère une grande diversité à l’exposition.

Ces peintres et sculpteurs possèdent des personnalités insolites pour certains ; ils peuvent être en marge de la société, et c’est ainsi qu’ils inventent leur propre expression plastique en un vocabulaire unique.

Empreint de créations multiples et authentiques, cette vaste exposition introduit le visiteur dans un univers qui ne lui est pas familier mais riche de vérité. La spontanéité apparaît souvent au cœur de ces compositions colorées pour beaucoup d’entre elles, où se côtoient des artistes à tendance fantastique, visionnaire ou mystique.

Pastel, encre, crayons de couleur et argile sont les matériaux les plus utilisés. Nombreux, divers sont les thèmes, souvent réinventés : paysages, personnages, objets détournés… Katsukoshi Saito évoque une route bien ordonnée ; les toiles de Yukio Miyashita sont plus abstraites. Waraji Gosokuno possède une encre sensible, ronde de personnages…

Deux peintres ont vécu le drame d’Hiroshima, dont ils conservent le douloureux souvenir ; Masaki Hironaka évoque la bombe au stylo sur papier, en une fine écriture, tandis que Yukio Karaki peint les morts et les dégâts matériels en une huile à l’écriture affirmée. Un dessin minutieux, une douceur des couleurs pour le panorama du monde vu par Norimitsu Kokubo…

Quelques animaux attirent le regard : en une ligne élégante, stylisée, Takayuki Ayama dessine léopard, guépard et bébé ; vivant, en mouvement, le Chien est pris sur le vif par Yoshihiro Watanabe.

En argile, parfois associées à l’émail, les sculptures reflètent l’invention ; à découvrir un Guerrier, curieusement tout en intériorité, créé par Shinji Ishikawa, ou le superbe Oiseau de feu auquel Akio Kontani confère une vraie présence.

Toutes ces créations entraînent vers un ailleurs auquel nous ne sommes pas toujours accessibles, elles sont la vérité de ces artistes, et les aident à vivre.

LPA 07 Fév. 2019, n° 142h5, p.15

Référence : LPA 07 Fév. 2019, n° 142h5, p.15

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