L’art et l’enfant

Publié le 31/05/2016

Dès le Moyen Âge, les peintres sont intéressés par la représentation de l’enfant ; en attestent les œuvres présentées au musée Marmottan qui révèlent aussi l’évolution de la société.

Avec près de 75 tableaux du XVe siècle à aujourd’hui on observe la place, bien différente selon les époques, des enfants au sein de la famille ou du monde. Le premier à être peint à partir de 1400 est Jésus, il est vraiment de chair et non plus image figée. Puis vers le milieu du XVIe siècle on célèbre l’enfant-roi ; une miniature de François II avec les attributs royaux par Limosin évoque celui qui règnera. Durant ces siècles, les décès sont nombreux, notamment dans la royauté d’où les portraits des survivants, espoirs du pays comme celui de Louis XIV ; sur sa robe figurent déjà les emblèmes royaux, il n’a pas 5 ans.

Dans les tableaux de Philippe de Champaigne un peu plus tardifs apparaît la pompe de la cour. Mais les portraits ne sont pas réservés aux futurs rois, ainsi les frères Le Nain peignent citadins et paysans pauvres dans des œuvres de fantaisie. Il arrive que certains parents souhaitent conserver le souvenir de leur enfant disparu, c’est ainsi L’Enfant mort, représenté dans une composition rigoureuse par un anonyme.

Au siècle des Lumières la société a évolué, l’enfant est saisi dans son atmosphère familiale, ses jeux ou son éducation, comme l’évoquent Chardin ou Mignard, et Louis-Roland Trinquesse qui peint une mère allaitant par laquelle il évoque la protection maternelle. À la fin du XVIIIe siècle la Révolution a tout bousculé, l’enfant est au centre de la famille, on le peint lisant, s’instruisant et la bourgeoisie adopte les traditions de l’aristocratie. Les œuvres de Girodet, David, Pajou s’en font les témoins ; leurs compositions sont émaillées de symboles.

Jean-Baptiste Siméon Chardin, L’Enfant au toton, 1738, h/t, 67 x 76 cm, acquis en 1907, Paris, musée du Louvre, Département des Peintures.

Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Angèle Dequier

Cet intérêt pour l’enfant s’intensifie dans la seconde partie du XIXe siècle : Corot, Millet, Daumier décrivent les différences sociales entre milieu urbain et rural ; l’enfant des villes va au collège, est parfois séparé de sa famille tandis que le petit paysan demeure plus proche des siens. D’intéressantes scènes de genre, naturalistes symbolisent une société injuste telle Le marchand de violettes.

Autre regard avec les impressionnistes qui représentent volontiers les enfants dans le jardin ou le salon, comme Monet. Tout est lumière, joie dans ces toiles poétiques où les jeunes semblent heureux, entourés ; c’est L’Enfant à l’oiseau poétique de Renoir, ou les œuvres sensibles rapidement brossées par Berthe Morisot tout comme la petite fille de Manet, d’une vraie présence. Quant à Félix Vallotton, il simplifie le dessin, peint en aplat pour Le Ballon où l’enfant est libre et heureux dans un parc tout comme l’est L’Enfant au pâté de sable, esseulé lui aussi, que Bonnard évoque tout à son jeu.

Ce thème est repris par les artistes d’avant-garde qui, pour certains, s’inspirent de dessins d’enfants ; l’écriture se renouvelle mais demeure figurative : Matisse schématise le visage de son fils Pierre et Picasso s’attarde sur Paul qui dessine, dans des formes légèrement géométrisées mais lisibles, il en résulte un grand naturel. Les artistes de l’art brut, Dubuffet ou Chaissac, ont eux aussi pris pour source des dessins d’enfants, voulant par là abolir toute règle artistique et laisser parler leur instinct créatif. Le portrait disparaît, il n’est plus qu’un prétexte.

 

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Référence : LPA 31 Mai. 2016, n° 115e2, p.15

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