L’art singulier du peintre Jean Martin

Publié le 19/09/2016

Jean Martin, Saint-Martin, 1951, h/panneau, 155 x 155 cm, Collection particulière.

Photographie : Photo-France/Patrick Chevrolat

Le conservateur du musée de Roubaix, Bruno Gaudichon, se révèle éclectique, et avec raison, dans le choix des artistes qu’il présente : confirmés ou oubliés, malgré un talent évident. Actuellement, on découvre le travail authentique et divers de Jean Martin, dont le musée possède trois tableaux.

Ce peintre est né à Lyon dans une famille modeste communiste, anticléricale. Très jeune, il pratique le violon et le dessin. Dans l’obligation de travailler dès 15 ans, il entre comme apprenti dans une fabrique de vermouth à Marseille, son désir de création artistique ne s’est pas émoussé. Par bonheur, il rencontre là le peintre Lucien Fléchant, qui lui apprend les rudiments du métier. Habité par l’art, Jean Martin y consacre sa vie tout en étant salarié, créant selon les années une œuvre à l’écriture différente, toujours sincère.

Voilà un artiste qui affirme une intéressante originalité plastique et sa faculté à faire évoluer son style qui cependant conservera toujours la pureté de la ligne, l’expressivité dans sa création, grave et silencieuse, sacrée ou profane. Il a réalisé également de nombreuses maquettes de costumes pour le théâtre, pour Louis Jouvet notamment, exécutées très finement à la gouache sur trait au crayon. Le musée en possède un grand nombre, elles sont présentées en parallèle à l’exposition de peintures qui reflète les années 1930/1940, les plus fastes de cette œuvre.

Un autoportrait où Jean Martin s’est représenté en jeune peintre plutôt désinvolte sur fond urbain ouvre le parcours. On y perçoit son admiration pour Modigliani dans la finesse d’exécution du visage, l’étirement du cou, un léger tracé qui souligne les volumes. Puis c’est un portrait de sa femme Rosette, au délicat profil réalisé en sourdes tonalités bleues, vertes et qui diffusent la lumière. Elle a beaucoup soutenu le peintre durant sa carrière. À cette époque, l’artiste cisèle le dessin en référence à Lucas Cranach ; il est passionné par la peinture allemande des XVe et XVIe siècles.

Jean Martin a peint de nombreuses figures monumentales, isolées. Artiste engagé, il se révèle sensible aux horreurs de la guerre, celle d’Espagne et l’inquiétude qui règne alors, il peint Le Crucifié où se révèle toute la douleur en un beau dépouillement, une évocation du conflit espagnol. Une toile douloureuse comme l’est quelques années plus tard Saint Sébastien, symbole de la condamnation de la lutte anti-juive, comme pourrait l’attester le saint circoncis. Athée, il puise souvent son iconographie dans des figures religieuses. Autre tableau important et saisissant, Les Aveugles de Fourvières, au style dépouillé, d’une forte intensité émotive. Les silhouettes filiformes titubent dans l’escalier hostile, tâtonnent le mur de leurs mains maladroites, symboles d’une époque troublée comme l’est Le Déserteur, une image expressionniste.

Dans les années 1930, il peint un réalisme social : ouvriers, chômeurs. Certains de ces portraits se rapprochent de la sculpture. Jean Martin montre une vraie sensibilité à la souffrance de ses semblables. Vers 1950, son style a évolué, il est proche de Georges Rohner et fait avec lui partie du groupe Forces nouvelles.

L’art de Jean Martin recèle une passion secrète née d’un feu intérieur intense ; il s’interroge sur les mystères de l’existence.

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Référence : LPA 19 Sep. 2016, n° 119m5, p.13

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