Laurent de Wilde, l’année Monk

Publié le 02/06/2017

Thelonious Monk au Minton’s Playhouse, New York, septembre 1947.

Photograph by William P. Gottlieb

Durant trois soirs au Sunset-Sunside en février dernier, rue des Lombards, dans le Ier arrondissement de Paris, Laurent de Wilde a joué avec ses deux nouveaux comparses regroupés désormais dans The New Monk Trio.

Ceux qui connaissent de Wilde, qui a écrit, il y a déjà vingt ans, un livre de référence (Monk, Gallimard, 1997), ne seront pas étonnés par ce nouvel hommage à la Sphère, pianiste d’une autre galaxie, amoureux transi du si bémol : Thelonious Monk.

Dans une salle pleine comme un œuf, Laurent de Wilde a fait de nouveau la preuve de sa grande maîtrise pianistique autour d’une philosophie simple : personne ne pouvant égaler ou plagier Monk, il joue du Monk mais autrement et ailleurs… là où Monk n’aurait sans doute pas détesté aller.

Dès l’ouverture, la version proposée du fameux Misterioso, avec ses dissonances et ses notes d’une autre planète, annonce le grand moment que sera le concert. Four in one, Thelonious, Tune for T (une composition de Laurent de Wilde), Locomotive avec son impressionnant moment de batterie, Monk’s mood, Pannonica (en hommage à la baronne de Koenigswarter chez laquelle Monk vécut les dernières années de sa vie sans toucher le piano), rythment la soirée qui se prolonge dans un troisième set autour de Crepuscule with Nelly, Reflections et de nouveau Misterioso pour bien finir la nuit. Entre-temps, on aura aussi apprécié les talents de conteur de Laurent de Wilde qui introduit les morceaux avec des anecdotes (comment Monk choisissait-il, ou plutôt, ne choisissait pas toujours, les titres de ses compositions, voir par exemple Think of one) et des digressions plus musicologiques. Ou comment conjuguer plaisir musical et culture jazzistique. Laurent de Wilde a un autre atout, partagé, il faut le dire, par ses deux amis, le batteur Donald Kontomanou, excellentissime (se souvenir notamment de son jeu aux balais sur Reflections), et le contrebassiste Jérôme Regard au jeu si subtil et efficace : la joie de jouer. Ça se voit, ça se sent, ça s’entend. Le trio a fait chavirer la salle qui a siffloté à deux reprises Thursday the 13th.

Ces trois-là sont tant à l’aise qu’ils ont décidé de ne pas en rester à ces soirées en club. En octobre prochain sortira leur CD qui reprendra la plupart des morceaux joués au Sunset-Sunside. Ça tombe bien. L’année 2017 est en effet l’année Monk à double titre : le trente-cinquième anniversaire de la mort de Thelonious et surtout (comme dit Laurent de Wilde, sans ce moment rien ne serait advenu !), le centenaire de la naissance de Monk.

À l’instar de Laurent de Wilde empli du bonheur de partager ces moments de musique monkienne, on pourrait résumer la philosophie de cette soirée d’un très haut niveau technique à la formule que nous offrit Laurent le magnifique : « Soyez heureux, sans raison ». Le message est passé.

LPA 02 Juin. 2017, n° 124q4, p.21

Référence : LPA 02 Juin. 2017, n° 124q4, p.21

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