Le bâton du brave des braves

Publié le 21/06/2024

Ce bâton de maréchal, remis en 1804 par l’empereur Napoléon à Michel Ney, a été adjugé 559 000 €

Osenat

Michel Ney naquit en janvier 1769, sept mois avant Bonaparte. Issu d’une famille modeste, son père était tonnelier, il s’engagea en 1787 au régiment colonel général des hussards. Nommé sous-lieutenant en 1792, il se fit remarquer par le général Kléber. Deux ans plus tard, en 1796, il était nommé général, puis général de division en 1799. Il était âgé de 30 ans. Le « Brave des braves », comme le surnommera Napoléon, obtint le bâton de maréchal en 1804, puis le grand aigle de la Légion d’honneur l’année suivante. Ces deux témoignages de sa bravoure et de ses mérites sont passés en vente le 26 mai 2024, à Fontainebleau, chez Jean-Pierre Osenat, assisté par Jean-Claude Dey et Arnaud de Gouvion Saint-Cyr. Son bâton de maréchal d’Empire a été adjugé 559 000 € et sa plaque métallique de grand aigle a été préemptée par le musée de la Légion d’honneur, ainsi que des ordres de chevalerie, pour un montant de 54 600 €, lors de la dispersion de la collection Jean-Louis Noisiez.

Le bâton lui-même est en bois recouvert de velours bleu nuit, brodé d’un semis de 32 aigles brodés de fil, canetille et lamé d’argent doré, en quatre rangées de huit aigles. Il est orné aux deux extrémités de bagues en or, sur l’une est gravé « Terror belli decus pacis » et sur l’autre, « Michel Ney, nommé par l’Empereur Napoléon Maréchal de l’Empire, le 12 Floréal, An 12 ». Il est dans son écrin en carton fort, recouvert de maroquin rouge décoré au petit fer à l’or d’un semis de vingt-quatre aigles impériaux, en six rangées de quatre aigles, et marqué aux deux extrémités « Le maréchal Michel Ney », fermant par trois crochets en argent découpés. L’intérieur est garni de soie ivoire et d’un tirant en moire. La plaque métallique de grand aigle du Maréchal Ney, est, quant à elle, en argent ciselé. Elle figure au centre l’aigle surmonté de la couronne. Le pourtour porte l’inscription « Honneur et Patrie ». Le dos est doublé de maroquin vert.

Le maréchal Ney apposa son nom à toutes les grandes batailles de l’Empire : Ulm, Iéna, Eylau, Friedland, Borodino… Napoléon le fit duc d’Elchingen et prince de la Moskowa. Mais sa trop grande fidélité à Napoléon allait finalement le mener à sa perte : il fut fusillé par ses compatriotes le 7 décembre 1815. Il avait 46 ans. Son procès fut expédié en quelques semaines et aboutit à une condamnation à mort, votée à 138 voix sur 161. Parmi elle, on compta, si incroyable que cela paraisse, cinq maréchaux d’Empire. Il convient de se remettre dans le contexte de l’époque. L’abdication de Napoléon avait, d’une certaine manière, mit fin à la Révolution ; le pays était exsangue et occupé par les troupes russes, prussiennes et allemandes. On soufflait enfin. Et soudain, coup de tonnerre, « l’Ogre » revenait. Le maréchal Ney, qui avait prêté serment au roi Louis XVIII, fit volte-face. Après la seconde abdication, Ney ne put se justifier. C’est lui, qui, d’une certaine manière, paya pour l’Empereur qui avait à nouveau précipité le royaume dans l’abîme.

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