Le bœuf à la mode change de robe

Publié le 02/07/2021 - mis à jour le 28/07/2021 à 12H47

Le bœuf à la mode change de robe

Cette enseigne du restaurant « Le Bœuf à la mode », en tôle peinte (58 x 77 cm), a été adjugée 5 000 €.

Lucien Paris

Les Belges ont le Manneken-Pis qui change de garde-robe selon les humeurs du temps, des anniversaires et de l’actualité. Les Français ont eu un bœuf qui, lui aussi (mais bien avant) changeait de tenue vestimentaire en fonction de la garde-robe de la gente féminine parisienne. Nous regretterions presque que ce ruminant ait disparu en même temps que sa demeure qui n’était pas une étable, mais un restaurant. Ce dernier se nommait « Le Bœuf à la Mode », et avait été fondé en 1792 sous le nom de ses créateurs, les frères marseillais Meot. Le bœuf prit place l’année suivante sous la forme d’une statuette. L’établissement, installé à Paris, au 8 rue de Valois, commença à prospérer sous le Directoire, surtout grâce à ce qui était nouveau : ses menus à prix fixe.

Une facture manuscrite détaillant les consommations du « cabinet n°7, le 12 avril 1817 », a été adjugée 1 000 € à Drouot, le 18 mai dernier par la maison Lucien Paris. Il s’agit d’une feuille de papier lithographié par Engelman (1788-1839) avec son en-tête figurant le bœuf travesti encadré des mentions : « Repas de noces, festins, salons et cabinets particuliers, rue de Valois ». Les consommateurs avaient commandé et mangé une « Anguille à la tartare, perdreau truffé, pêche raisins, meringue, glace vanille, graves 1 bout., Saint-Émilion idem ». Ce menu leur avait coûté 17,40 francs. Cette facture a été augmentée de dessins à l’encre figurant deux portraits de femmes, l’un portant la mention « Vilain, comme tu me fais laide ». On a joint le « Menu du déjeuner de gala bordelais des États Généraux de la gastronomie du samedi 7 novembre 1931 » (6 x 5,7 cm), une lithographie sur papier fort, en deux volets, reprenant l’illustration en couleur du bœuf travesti créée en 1793.

Cinq ans plus tard, en 1936, ce restaurant fermait définitivement après une lente descente aux abîmes ; et malgré le passage de son nouveau propriétaire, le célèbre chef-cuisinier Prosper Montagné (1865-1948), auteur notamment du Larousse gastronomique. Le catalogue proposait également l’enseigne de ce restaurant qui a été adjugée 5 000 €. Cette tôle peinte en polychromie, de forme rectangulaire (58 x 77 cm), figurant un bœuf travesti, contemplé par un couple d’Incroyables et une femme âgée, était supportée par une chaîne.

Le magazine littéraire La Revue de Paris n’appréciait que peu ce restaurant. L’un de ses rédacteurs nota en 1835 : « Le Bœuf à la Mode (…) justifie son nom vulgaire et de mauvais goût par une peinture qui lui sert d’enseigne (…). Les méridionaux (…) qui d’ailleurs sont fort entichés par leur cuisine odorante viennent en foule au Bœuf à la Mode, qui a fait fortune depuis que Paris est envahi par le département des Bouches-du-Rhône ». Qu’aurait-il dit en 2021 ?

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