Le chasseur de rats

Publié le 06/11/2023

Cornelis de Visscher (1629-1658 ou 1662), Un chasseur de rats à Haarlem avec un rat qui traverse sa cape.  Cette épreuve figure dans l’exposition « Par-delà Rembrandt, estampes néerlandaises du Siècle d’or » du Musée Condé

Musée Condé dans le château de Chantilly.

Les rats, ces derniers temps, font davantage parler d’eux. Ô ils ont toujours côtoyé les humains, partageant les restes de leur nourriture et même leur domicile. Cette guerre entre les deux espèces, celles du rattus et de l’homo sapiens, en effet, ne datent pas d’hier. La littérature, inspirée par ce glouton prolifique, maléfique et nuisible, est aussi abondante que tous les muridés. Outre les fables, notamment celles de La Fontaine, les légendes l’ont mis en scène. Jamais sous son meilleur jour. En a-t-il d’ailleurs ? Apercevoir l’un de ces énergumènes se promener tranquillement le soir, dans les allées des Champs-Élysées à Paris, regardant les passants dans les yeux tout en grignotant des restes, n’est pas fait pour rassurer les habitants. Ceux-ci sont prêts à appeler le célèbre Joueur de flûte d’Hamelin pour les aider à en débarrasser la ville, en les conduisant dans le fleuve où ils se noieraient. Ces habitants, au contraire des édiles, ne refuseraient pas de se cotiser afin de le payer et éviter que ce musicien ambulant n’entraîne les enfants dans un monde inconnu.

Le tueur de rats était un métier florissant durant la période médiévale et même au-delà. Un dératiseur, qui a ouvert en 1925 une boutique le long des Halles, ne s’est jamais aussi bien porté depuis quelques mois, surtout depuis qu’un édile a tenté de légitimer la place de ces rongeurs dans la ville en les nommant surmulot, une connotation moins négative, paraît-il. Les anciens qui ont connu la peste, dont les rats portaient le bacille, découvert à la fin du dix-neuvième siècle par Alexandre Yercin (1863-1943), se sont toujours méfiés de cet animal dont on pensait qu’il était l’incarnation du diable, propageant maladies et épidémies.

Les chasseurs ou tueurs de rats ont inspiré bon nombre d’artistes graveurs. On peut citer Le Chasseur de rats (plume et encre brune, lavis gris, sanguine, aquarelle et rehauts de blanc, signée en bas à droite Gavarni et titrée mort-aux-rats) qui a été vendue 600 €, à Drouot, le 14 novembre 2014 par la maison Ader. L’iconographie des chasseurs de rats est abondante, mais il est une œuvre gravée par Cornelis de Visscher (1629-1658 ou 1662), qui domine le lot. Celle-ci représente Un chasseur de rats à Haarlem avec un rat qui traverse sa cape ; l’une de ses épreuves figure dans l’exposition « Par-delà Rembrandt, estampes néerlandaises du Siècle d’or » au Musée Condé dans le château de Chantilly.

Cornelis de Visscher était réputé pour dessiner ses modèles d’après nature. On peut donc penser que ce chasseur de rat a véritablement existé. Il suffit de contempler sa face rubiconde presque satisfaite de ses exploits. S’il est pauvrement habillé, il est armé d’un coutelas et porte suspendus en bandoulière boîte et sacs nécessaires à son entreprise, tandis que chemine à ses côtés un porc. Son aide le regarde avec inquiétude, tenant une perche terminée par une cage d’où est suspendu le cadavre d’un rat.

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