Le Dindon

Publié le 17/12/2019

Le Dindon

Théâtre Déjazet

Georges Feydeau envahit les scènes de théâtre et inspire un troisième long-métrage au cinéma du Dindon qui, en dépit d’un beau casting – Dany Boon et Guillaume Gallienne – est reçu comme un ratage. Les représentations de Feydeau, à la Comédie française et à La Porte Saint Martin sont quant à elles appréciées et, avec moins de moyens, Le Dindon, que présente la Compagnie Viva dans le charmant théâtre Déjazet, est une incontestable réussite.

« Il avait, dans son jeu, tous les atouts : la beauté, la distinction, le charme, le goût, le talent, la fortune et l’esprit. Puis, le destin voulant parachever son œuvre, il eut ce pouvoir prodigieux de faire rire », disait Sacha Guitry de Georges Feydeau que Jean Cocteau qualifiait de « poète lyrique ».

Pontagnac, coureur de jupon obsessionnel, est le dindon de la farce. Il poursuit Lucienne, laquelle est aussi courtisée par Rédillon, célibataire dilettante. Lucienne est fidèle à son brave mari de notaire, Vatelin, mais elle laisse entendre que si celui-ci la trompait, elle s’abandonnerait au premier venu, ce qui pousse ses deux soupirants à tout faire pour créer une telle situation. Les quiproquos s’enchaînent à un rythme accéléré avec la venue de la femme de Pontagnac, de Maggy, d’une Anglaise et de son mari, d’un britanico-marseillais, de Pluplu la fille de joie, d’un vieux militaire et de sa femme sourde…

Trois actes, de frénésie, de situations de plus en plus baroques, de quiproquos, jeux de mots et humour féroce mais bon enfant. Trois décors joliment mobiles : la maison des Vatelin, l’hôtel Ultimus, la garçonnière de Rédillon.

Antony Magnier, qui signe la mise en scène et joue le « dindon », est à la tête de la compagnie Viva, créée en 2002, qui propose une relecture des grands textes, engagé de surcroît dans un partage en milieu scolaire, carcéral et médical. Il s’est fait remarquer ces dernières années par sa mise en scène du Misanthrope et celle du Fil à la patte et cet été, à Avignon, par celle du Dindon, retenu ensuite au Déjazet, dont la programmation, éclectique, se trompe rarement.

Mis à part un départ et une fin un peu trop lisses, l’ensemble ne faiblit guère dans cette cavalcade au triple galop, mise en scène de manière élégante, alerte et fine. On est encore à la Belle époque, mais épurée des dorures et lourds velours. L’esprit d’équipe, la complicité entre les acteurs, la science de l’excès et de sa maîtrise sont évidents. Tous les comédiens sont excellents et se surpassent, comme Laurent Paolini en Rédillon ou Julien Redon qui ne joue pas moins de trois personnages. La salle est sous tension et la prise du pouvoir prodigieux de faire rire est assurée.

LPA 17 Déc. 2019, n° 150e0, p.16

Référence : LPA 17 Déc. 2019, n° 150e0, p.16

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