Le flamboyant Nicolas de Staël

Publié le 14/12/2023

Si les expositions consacrées à Nicolas de Staël sont assez nombreuses, celle présentée au musée d’Art Moderne jusqu’au 21 janvier 2024 est exceptionnelle. Près de deux cents tableaux, dessins, gravures, carnets retracent son parcours suivant un ordre chronologique.

Nicolas de Staël / Musée d’art moderne Paris

Chacun connaît « Les Footballeurs, Parc des Princes » qui associe le réel au non-figuratif avec une force intense. Mais l’œuvre de cet artiste ne se résume pas à ce tableau ; en 12 ans, le peintre a évolué depuis les créations sombres, maçonnées des années quarante jusqu’aux dernières compositions gorgées de lumière, un peu plus figuratives et cependant loin du réalisme.

Né à Saint-Pétersbourg en 1913, Nicolas de Staël doit quitter la ville avec sa famille lors de la Révolution de 1917. Un autre choc va le marquer, le décès de ses parents en 1921 et 1922. Il est alors envoyé chez un oncle à Bruxelles où il effectue des études artistiques. Cette jeunesse bouleversée aura des répercussions tant dans sa vie que dans sa création.

L’exposition qui se tient actuellement au Musée d’art moderne permet de découvrir près de 50 œuvres jamais ou peu présentées dans un musée français.

À sa sortie de l’Académie, Nicolas de Staël voyage en Espagne et en France ; Cézanne et Braque l’impressionnent. Le parcours permet de suivre l’évolution picturale de ce peintre qui, toute sa vie, poursuit ses recherches, s’intéresse à différents thèmes : paysage, nature morte, quelques nus ; il crée une œuvre complexe. Les modes ne l’intéressent pas et pas davantage les querelles entre figuration et abstraction ; il suit son chemin, introduit parfois de l’abstrait dans ses œuvres mais d’une manière personnelle. Déraciné, il aime la vie, cependant on décèle dans son travail une sorte d’urgence, comme s’il pressentait que son temps était compté ; il a d’ailleurs mené une vie passionnée.

Sombres, frontales, très en matière et dans lesquelles le trait s’avère primordial, les premières œuvres non figuratives de la fin des années 1940 affirment une forte énergie, la construction est solide, des masses structurent la composition. Quelques années plus tard il réalise des toiles au chromatisme généreux, comme la série des footballeurs, dans laquelle il ne conserve que l’essentiel du dessin. Il pratique de grands aplats dans lesquels la couleur devient expression. Il travaille sur le motif mais aussi dans son atelier. De ses voyages au Maroc et en Sicile il retient la lumière qu’il peint éclatante. Esprit ouvert, tout l’intéresse, il emploie des techniques variées ; chacune de ses toiles est porteuse de sa forte sensibilité et il peut se révéler aussi gai qu’anxieux. Constamment en recherche de lumière, il s’installe dans le Vaucluse puis à Antibes, face à la mer. Celle-ci est importante pour lui mais la terre, le ciel, le quotidien, ses sobres et si présentes natures mortes au pichet ou aux fruits l’intéressent tout autant. Durant ses dernières années, il va composer de puissants paysages, peu écrits parfois mais empreints de force expressive. Dans un questionnement perpétuel, il explore les différents thèmes avec une totale liberté, sublime la lumière. Les paysages dépouillés sont suggérés par des aplats de couleurs intenses valorisées par le noir ; ce seront les derniers tableaux de cette peinture unique, inclassable.

Le dessin est fort important pour ce peintre, il précède souvent l’exécution d’un tableau. Tracé au feutre ou au fusain, le trait est stylisé le plus souvent ; il expérimente les variations du noir dans le dialogue ombre – lumière.

Nicolas de Staël se suicide en 1955, laissant une œuvre d’une intense richesse qui témoigne de sa passion et de ses perpétuelles interrogations.

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