Paris (75)

Le Grand Testament de François Villon, pépite bibliophilique

Publié le 28/06/2023

Le seul exemplaire connu de l’édition de 1518 du Grand Testament François Villon a été adjugé 432 818 €

Giquello et Associés

De François Villon, « on ne sait que ce que l’on peut apprendre dans son œuvre », dit Claude Thiry qui a commenté la première édition de poche des œuvres du poète, en 1993. On en sait un peu plus sur lui depuis la fin du XIXe siècle grâce aux découvertes effectuées dans les archives. Il reste que la biographie de François de Montcorbier dit Villon, qui serait né en 1431 et serait mort après 1463, est entourée de zones d’ombre, presque impénétrables. D’autant plus qu’il paraît certain que l’écolier de l’Université a soigneusement entretenu sa légende. Il connut une large célébrité grâce aux éditions de ses œuvres par l’un des plus grands éditeurs contemporains : Pierre Levet. Selon les bibliographes, les éditions anciennes se séparent en deux blocs successifs : les éditions gothiques d’abord, avec l’édition princeps donnée par Pierre Levet en 1489, puis en lettres rondes à partir de la révision de Clément Marot chez Guillot du Pré en 1533, qui porte pour la première fois le titre d’Œuvres, ce à quoi, semble-t-il, Villon n’avait jamais songé. On ne compte qu’une quinzaine d’incunables, dont neuf ou dix exemplaires subsistent, et douze éditions de la révision de Clément Marot entre 1533 et 1542.

Une pépite bibliophilique, vrai trophée littéraire, vient d’apparaître sur le marché : Le Grant testament Maistre Françoys Villon et le petit. Son codicille. Avec le Jargon & ses Ballades, Paris, Guillaume Nyverd, 1518-1520, relié en maroquin rouge à décor doré, au triple filet en encadrement sur les plats, avec un dos à la grotesque. Cet exemplaire, le seul connu en main privée, a été adjugé 432 818 € à Drouot, le 2 juin 2023 par la maison Giquello, assistée par Jean-Baptiste de Proyart, lors de la dispersion de la collection de Stéphane Clavreuil. Il est suivi par Le Recueil des repues franches de maistre Françoys Villon et ses compaignons, Paris, Guillaume Nyverd, 1518-1520. À ces deux textes, qui pourraient dater de 1480 et avoir été publiés pour la première fois en 1493, ont été jointes des poésies. Celles-ci mettent en scène le personnage de François Villon et non plus ses vers. Ce recueil complet comprend 72 feuillets et est illustré par deux bois gravés en une seule image sur la page de titre du Grand Testament, et trois bois gravés en une seule image sur la page de titre du Recueil des repues. Ce précieux exemplaire revêt de nombreuses qualités : outre le fait qu’il soit unique, il est l’un des rares gothiques connus, antérieur à la révision de Clément Marot et relié vers 1750. Il a auparavant appartenu à sept bibliophiles, dont Joseph-Antoine Crozat, marquis de Tugny (1696-1751), et Louis-César, duc de La Vallière (1708-1780), qui possédait également l’édition en lettres rondes de chez Galliot du Pré de 1482, puis à Édouard Rahir (1862-1924), et enfin entre les mains de Stéphane Clavreuil, appartenant à une longue lignée de libraires.

Giquello & Associés, 5 rue La Boétie, 75008

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