Le livre de Mary Stuart

Publié le 22/04/2024

Cette reliure à la cire au chiffre de Mary Stuart, est estimée 10 000/12 000 €.

De Baecque & Associés

Nous avons conservé le souvenir d’un psautier inachevé qui avait appartenu à Jean de Villiers (av. 1269-1294), grand maître de l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Ce haut personnage était alors prieur de la langue de France, lorsqu’il fut appelé à se rendre en Terre sainte après le décès du grand maître, Nicolas Lorgne, en 1284. Nous savons que le GM Villiers mit six années avant de rejoindre le siège de sa charge à Saint-Jean d’Acre. La chute de cette ville en 1292, sous la pression des Mamelouks, provoqua la perte des États latins et fut ressentie en Occident comme une catastrophe que l’on ne peut imaginer. Toujours est-il que Jean de Villiers, accompagné des Hospitaliers survivants, comme les Templiers, se réfugia à Chypre. Il avait conservé dans ses bagages son livre de prière auquel il manquait des miniatures. Ce volume avait disparu et l’on pensait savoir que le grand maître l’avait offert, avant sa mort, à un chevalier anglais. On n’en entendit plus parler jusqu’à ce qu’il resurgisse à Londres, il y a quelques années, lors d’une vente chez Sotheby’s.

Il est vraisemblable que ce psautiers, que le futur grand maître n’avait pu faire achever, l’accompagna depuis Paris jusqu’en Terre sainte, puis à Chypre. Ce volume n’en est que plus précieux. Il n’est pas rare que de tels ouvrages, très personnels, suivent dans leurs bagages des personnages dont l’histoire a conservé la mémoire. La reine Mary Stuart (1542-1587) fit de même : elle aurait emporté avec elle, en quittant la France pour regagner l’Écosse, après la mort de son mari, François II, en 1574, alors âgé de 26 ans et elle de 32, un exemplaire d’Oratio Omnes d’Isocrate, le rhétoricien (436-338 av. J.-C.), imprimé à Bâle, par Jean Oporin en 1548, dans une reliure à la cire aux chiffres de Mary Stuart. Il sera mis en vente à Lyon, le 29 mai 2024, par la maison De Baecque & Associés, avec une estimation de 10 000/12 000 €.

Cet ouvrage, une édition originale de la traduction latine et du commentaire érudit de Jérôme Wolf (1516-1580), dont le titre complet est Orationes et epistolae gravitatis et suavitatis plenae de Greco in Latinum pridem conversae, nunc recognitae, per Hieronymu[m] VVolfium, a été relié à l’époque en un volume en veau fauve, les plats décorés d’une riche composition d’entrelacs dorés avec fleurons azurés, listel rehaussé de cire noire cerné de trois filets dorés d’encadrement. Le cartouche central est orné d’un M couronné et doré. Le dos à nerfs est orné de fleurons, les tranches sont dorées. Il est glissé dans une boîte moderne de maroquin rouge gainé de moire émeraude, à fermoirs dorés. Cette reliure n’a pas été réalisée pour la reine de France et d’Écosse, mais entre 1549 et 1551 pour Thomas Wotton par un des plus grands ateliers parisiens du milieu du XVIe siècle. Cet exemplaire entièrement réglé à l’encre rouge provient de la bibliothèque Charles Van der Elst et de celle de Michel Wittock.

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