Le pinceau de Corneille

Publié le 23/04/2020

Chers lecteurs,

Malgré le confinement, nous avons décidé de continuer à partager avec vous de belles expositions visitées avant le début du confinement ou découvertes virtuellement. Ce sera d’autant plus l’occasion pour vous, chers lecteurs, d’aller les visiter une fois cette période compliquée derrière nous. En attendant, portez-vous bien !

La Rédaction

Corneille dans l’atelier de la rue de Clignancourt.

Historic England Photo Library

Libre, empreinte de fraîcheur parfois dans le déchaînement des couleurs, l’œuvre de ce peintre belge est animée de vie, de créativité.

À l’occasion du dixième anniversaire de sa mort, soixante-quatorze de ses tableaux sont présentés au musée de Pont-Aven en un parcours chronologique. Corneille a séjourné dans cette cité bretonne à la fin des années 1940 attiré par le souvenir de Gauguin qu’il admirait et de son œuvre qui, inspirée du Primitivisme et des traditions populaires lui a permis, entre autres, de libérer la couleur.

Né en 1922 à Liège Corneille part pour Amsterdam en 1940 afin d’y effectuer des études de dessin et de gravure. Mais l’enseignement de l’Académie des Beaux-Arts paraît trop académique à cet esprit libre ; désormais il va s’exprimer selon ses désirs plastiques et s’adonner à la peinture sans délaisser les compositions graphiques. Il s’intéresse au renouveau de la peinture dans l’esprit de van Gogh, Picasso, Matisse ou Paul Klee. En témoignent quelques portraits de jeunes femmes de 1945-1946 qui révèlent son admiration pour ces artistes. Ce sont également des natures mortes colorées où apparaissent femme et oiseau, un thème récurrent qu’il reprendra en particulier au début des années 1970. Ses premières œuvres sont déjà imprégnées de poésie, d’invention.

Corneille sera toujours en recherche ; dès 1947 il veut créer un nouveau langage plastique dans lequel l’imaginaire est roi. C’est ainsi qu’il fonde avec ses amis Karel Appel et Constant, le groupe Cobra. Durant trois ans, ces peintres entourés de quelques autres, composent des œuvres spontanées, parfois inspirées par des dessins d’enfant et l’art populaire. Les symboles y figurent ; Cobra apparaît comme un mouvement provocateur. Pour Corneille la peinture doit être un plaisir ; ses compositions en attestent. Cependant ses créations comme celles de ses amis font scandale, déroutent les amateurs d’art. Cette traduction de la vie, du monde très libre créée par des agencements de formes et de couleurs en une figuration réinventée, pas forcément déchiffrable, n’est pas comprise, cependant elle apporte à l’art un souffle nouveau. Le mouvement s’arrête en 1951.

En 1950 Corneille s’installe à Paris ; il suit un chemin personnel nourri de ses nombreux voyages en Afrique, États-Unis, Amérique du Sud, Antilles, Indonésie, il laisse libre cours à sa vision intime développant une expression lyrique. Son style évolue, la ligne s’affirme, la palette devient plus franche. Il métamorphose la réalité mêlant formes organiques et spontanées.

Ce peintre fut aussi poète tout au long de sa vie ; ses premières œuvres portent l’empreinte de Cobra, il les illustre de gouaches ; il réalise également un bestiaire magique. Curieusement, Corneille qui combattait l’abstraction a parfois introduit des éléments abstraits dans ses œuvres, dans paysages et fleurs où la ligne plutôt géométrique est présente ; les couleurs vives engendrent une certaine gaîté. Les titres concrets indiquent sa démarche : « Oiseau du désert » ou la magnifique « Aube nouvelle pleine d’oiseaux ». Puis l’artiste revient à la figuration originale, toujours avec la même liberté. À partir de 1970 femmes et oiseaux reviennent librement agencés dans l’espace en une palette chatoyante. Des toiles qui chantent la vie. Quant aux paysages ils obéissent à des constructions imaginaires où la géométrie est souvent présente.

Corneille a fortement apprécié l’art africain qu’il a collectionné et dont il s’est souvent inspiré. L’on pourrait croire son œuvre naïve, tel n’est pas son propos ; il a souhaité un art authentique, poétique d’une vraie simplicité.

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Référence : LPA 23 Avr. 2020, n° 152m0, p.16

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