Le plus grand peintre de Venise

Publié le 26/08/2022

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Georges Lafenestre (1837-1919) était autant poète qu’historien et critique d’art. Conservateur au musée du Louvre, il fut élu à l’Académie des Beaux-Arts, le 6 février 1892, au fauteuil de Jean Alphand. Lié avec José-Maria de Heredia, il fréquenta Essarts, Sully Prudhomme, Henri de Régnier, Barrès, Colette, Henry Gauthier-Villars, et Pierre Louÿs. Il a laissé une trentaine d’ouvrages, des recueils de poèmes et des essais critiques, notamment Artistes et amateurs, publié en 1899 par la Société d’Édition Artistique. Dans cet ouvrage, Georges Lafenestre décrit le Titien et les princes de son temps. BGF

« Frédéric II de Gonzague était le fils de cette belle et savante Isabelle d’Este dont la cour avait été, comme celle de sa sœur, la duchesse Élisabeth d’Urbino, le séjour favori des artistes et des lettrés, et qui avait fait décorer son cabinet par Andrea Mantegna, Lorenzo Costa, Pérugin. Il avait passé quelques années de son enfance à Rome, où Raphaël, ravi de sa beauté délicate et noble, l’avait représenté, comme un élève studieux et attentif, à côté d’Archimède, dans la fresque de l’École d’Athènes. Balthazar Castiglione, dans son Courtisan, avait parlé avec admiration de cet adolescent qui unissait à une grande modestie de manières une haute intelligence, un vif désir de gloire, un amour extraordinaire du bien et de la justice. Il n’est donc point surprenant que ce jeune homme, si cultivé et si généreux, se soit, dès son arrivée au pouvoir en 1519, empressé de continuer les traditions de sa famille, qu’il ait appelé près de lui les artistes les plus distingués et qu’il ait cherché à s’attacher Titien déjà considéré, depuis la mort de Giorgione et de Giovanni Bellini, comme le plus grand peintre de Venise.

Sa correspondance avec le peintre témoigne d’une courtoisie constante et d’une déférence délicate qui contrastent avec le ton brusque et les impatiences violentes de son oncle de Ferrare. La première commande que Frédéric fit à Titien fut celle d’un portrait ; avant même que l’œuvre fût livrée, il gratifia le peintre d’un magnifique pourpoint. Son ambassadeur à Venise, Braghino Croce di Correggio, lui remit ce cadeau en présence de beaucoup de grands personnages. Il lui demanda ensuite une Mise au tombeau ; c’est le chef-d’œuvre qui est entré au musée du Louvre après avoir passé par les galeries de Charles Ier d’Angleterre, du banquier Jabach, de Louis XIV. Quelques années après, les rapports entre le prince et l’artiste étaient devenus si cordiaux que l’Arétin, récemment installé à Venise, où il établissait décidément le quartier général de ses opérations littéraires et financières, songea à en tirer parti ». (À suivre)

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