Le regard bleu de Marc Fumaroli

Publié le 01/06/2021 - mis à jour le 02/06/2021 à 9H19

Ce portrait de Marc Fumaroli, par Avigdor Arikha, réalisé en novembre 1992, a été adjugé 8 333 €.

AuctionArt Rémy Le Fur & Associés

Dans la cour de l’Institut de France, il n’était pas rare de croiser Marc Fumaroli (1932-2020). La tête haute, légèrement inclinée en arrière, il posait alors son regard très bleu sur vous avant de vous saluer avec une exquise urbanité. Son portrait par Avigdor Arikha (1929-2010), réalisé en novembre 1992, a été adjugé 8 333 €, à Drouot, le 30 avril dernier par AuctionArt Rémy Le Fur & Associés, lors de la dispersion de ses collections. Même si l’on cherche dans ce portrait le léger sourire ironique que l’académicien esquissait parfois, nous croyons l’entendre parler un français riche et admirablement scandé nous transportant dans le XVIIIe siècle qu’il chérissait et qu’il connaissait mieux que quiconque. Dans son appartement de la rue de l’Université, on retrouvait son goût pour les arts sous le siècle de Louis XV dans l’aménagement d’un salon-bibliothèque, une véritable alcôve consacrée à ce siècle français.

« Professeur au Collège de France, [il] était un militant du droit inconditionnel à la beauté. Profondément platonicien, il devait son autorité à l’art rhétorique, discipline antique, honorée dans l’Europe de la Renaissance, et qu’il avait réhabilitée en poétique du réveil », écrit son neveu Sébastien dans la préface du catalogue de ventes. Marc Fumaroli n’était pas un collectionneur, mais un amateur. La gravure, par exemple, était indissociablement liée à un classique qu’il s’était donné pour règle morale, une forme de rigueur. Il en possédait un grand nombre : des portraits par Robert Nanteuil, jusqu’aux œuvres de Roger Vieillard (1907-1989), en passant par celles d’Anne-Claude de Caylus, Clément-Pierre Marillier, Laurent de la Hyre ou Willem van de Passe. D’Anne-Claude de Caylus (1692-1765), Aymon Premier, eau-forte et burin d’après C. Coypel, terminé par Joullain, a été vendue 1 667 €. Du même, 6 planches de la suite des Cris de Paris, eau-forte d’après E. Bouchardon, ont atteint 445 €.

On a donné 5 461 € pour la série de Willem van de Passe des Cinq sens. Cette suite complète a été composée vers 1620, et grave au burin d’après Crispin de Passe l’ancien. Finalement, le goût du XVIIIe siècle peut transparaître dans un petit tableau de l’École italienne, figurant Des joueurs de cartes dans un parc (67 x 87 cm). Il est parti à 4 064 €. Marc Fumaroli délaissait parfois ses études pour regarder le monde à travers l’objectif d’un appareil photo. L’une d’elles, Ellora VIII, a trouvé preneur à 282 €. Le dos d’une main posée sur la taille d’un personnage, est-elle de chair ou de pierre ?

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