Le siège de Rhodes chez Giscard

Publié le 18/01/2023 - mis à jour le 18/01/2023 à 10H57

Cet exemplaire de l’histoire du siège de Rhodes par Caoursin, dans l’édition en allemand de 1513, provenant de la bibliothèque du président Valéry Giscard d’Estaing, a été adjugé 6 400 €

Beaussant Lefèvre

On l’ignore peut-être, feu le président de la République Valéry Giscard d’Estaing était chevalier de Malte, il fut même fait – comme autrefois, les souverains et chefs d’État catholique – bailli grand-croix d’honneur et de dévotion : un titre honorifique, qui lui était très cher. Il n’est pas surprenant qu’il a cherché à posséder quelques ouvrages précieux sur l’histoire de cette institution fondée vers 1060 et reconnue comme ordre religieux en 1113 par une bulle du pape Pascal II. Les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, auxquels s’adjoindront plus tard les noms de Rhodes puis de Malte, avaient et ont toujours pour vocation les soins donnés aux malades. Ordre religieux et laïc et, de surcroît , souverain, il compte aujourd’hui environ 13 000 membres répartis dans le monde.

Installés à Rhodes en 1310, après la chute des États latins, les Hospitaliers dérangèrent les Ottomans qui ne voyaient pas d’un bon œil leur présence dans la région. Par quatre fois, ils tentèrent de les déloger de leur île. Ils y parvinrent grâce à une traîtrise en 1522 ; mais en 1480, ils durent reprendre la mer. Après le départ des assaillants, le vice-chancelier de l’Ordre, Guillaume Caoursin (1430-1501) rédigea pour le compte du grand maître Pierre d’Aubusson (1423-1503), dont il était aussi le secrétaire particulier, une histoire de ce siège, dans le but d’alerter la Chrétienté et de demander de l’aide.

Cette histoire de l’Obsidionis Rhodiae urbis descriptio a d’abord été publiée à Padoue en 1480 (petit in-4, de 16 feuillets) et à Venise (in-8). Un véritable reportage sur ce siège. N’ayant pas de presse à Rhodes, les Hospitaliers envoyèrent des copies manuscrites un peu partout en Europe, ce dont témoigne l’extraordinaire floraison d’incunables des années 1480-1483. Aux éditions postérieures furent adjointes les textes sur l’histoire de Rhodes, composés par Caoursin jusqu’en 1486. Le président Giscard d’Estaing avait réussi, faute de dénicher l’édition française extrêmement rare, d’acquérir l’allemande (Strasbourg, Martin Flach, 25 janvier 1513, in-folio, 66 feuillets).

Son exemplaire grand de marge, relié en 1865, en maroquin tabac par Chambolle-Duru, placé dans un boîtier de maroquin rouge moderne, frappé d’une croix de Malte blanche mosaïquée, a été adjugé 6 400 €, à Drouot, le 13 décembre 2022 par la maison Beaussant Lefèvre & Associés, assistée par Alain Nicolas et Pierre Gheno, lors de la dispersion de ses collections. Cette version allemande est dûe au médecin Strasbourgeois Johannes Müling, dit Johannes Adelphus (vers 1485-après 1523). Elle est illustrée par 35 bois historiés dans le texte, réalisés d’après ceux de l’édition latine de 1496, sauf la première composition estampée au titre.

Entre-temps, cette relation du siège de Rhodes et autres textes, Gestorum Rhodie obsidionis commentarii, Oratio de morte magni Turci, De casu regis Zizimi, fit l’objet d’un manuscrit enluminé, réalisé vers 1483. Désormais conservé à la BnF, il compte parmi les plus somptueux manuscrits de la fin du XVe siècle.

Beaussant Lefèvre & Associés, 9 rue Drouot, 75009, Paris

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