Le western italien selon Alex Cox

Publié le 27/01/2022

Carlotta Éditions

Un événement ! Carlotta vient enfin d’éditer en France le livre du cinéaste Alex Cox, que l’on n’est pas obligé de connaître, mais dont ce 10 000 façons de mourir est une lecture indispensable. Le sous-titre est plus éclairant : Point de vue d’un cinéaste sur le western italien.

Le western italien, c’est quoi ? C’est un grand sujet de débats qui met en scène le western italien façon Sergio Leone et façon « western spaghetti », genre qui a suscité environ 800 films, dont la plupart non inoubliables. Ces films étaient ce qu’ils sont, il y soufflait l’esprit d’une époque, le désir d’exploiter au maximum un filon. La plupart étaient dénués de tout esprit de sérieux. C’est cette ambiance générale qui a couru de 1963, date par laquelle s’ouvre le livre, à la fin des années 1970, que l’on respire en tournant les 622 pages. Alex Cox passe en revue les films, dont les westerns de Leone (Christopher Frayling s’est aussi de son côté attelé à cette belle tâche, on se souvient de l’exposition Sergio Leone à la Cinémathèque en 2018). À titre d’exemple, le tableau concocté par Cox des ressemblances entre Yojimbo et Pour une poignée de dollars est un outil génial de décryptage filmique. Le livre est une somme fonctionnant à la fois comme encyclopédie et comme critique cinématographique. Un régal.

Il était une fois. Qui se souvient des Tueurs de l’Ouest, des Cinq Gâchettes d’or, de Bandidos, du Dernier Face à face, du Grand Duel ou de La Horde des Salopards, de Tue et fais ta prière et Le Grand Silence (signé quand même de Sergio Corbucci, une autre pointure du cinéma italien) ? La mémoire revient plus facilement si on évoque Django, Trinita voire Rita (c’est moins certain quand même). Les personnages ont laissé plus de traces que les films. Tarantino s’en est souvenu. Cox aussi qui connaît tout par cœur. Il évoque les génériques, les équipes, les lieux de tournage, les anecdotes. Les films bâclés ou sans intérêt croisent des pépites oubliées. En tout cas, il y a toujours quelque chose à dire, toujours quelque chose à faire voir dans cette planète en vérité disparate.

On allait oublier. Alex Cox ouvre son livre pas un in memoriam dédié à Giuliano Gemma, grand acteur tout terrain, à Tomás Milián ; qui était aussi spécialisé dans le poliziottesco, et à Giulio Questi. Et au grand Carlo Lizzani, qu’on n’attendait pas forcément dans ce genre-là. C’eût été ne pas se souvenir Du sang dans la montagne avec Henri Silva, dont un jour il faudra enfin honorer la mémoire. La force du livre est de donner l’envie de replonger dans l’univers singulier et parfois foutraque de cette facette du cinéma italien. Ça fait du bien.

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