L’échapée de la poulette rousse (2/2)

Publié le 27/12/2023

BGF

Un courant d’air passe par les ardoises, dehors, des flocons de neige s’aventurent le long des vitres de la fenêtre mal fermée. La statue semble bouger. Le jeune garçon regarde plus attentivement le gisant. Il distingue entre le mur et lui, un objet coloré coincé contre son épaule. Il tend la main et… surprise, surgit une boule de plumes, volant de tous côtés, accompagnée d’un caquetage furieux. Raphaël reconnaît Mylène. Oui, cette poule étant aussi rousse qu’une chanteuse fameuse, a été baptisée ainsi. Car chez nous, nous donnons des prénoms familiers à tous les membres de la basse-cour. Mylène poursuit sa course désordonnée tout en caquetant de plus belle. Elle se heurte à tous les obstacles barrant son chemin, tandis que l’enfant tente vainement de la saisir. Il y parvient enfin. Les ailes de la gallinacée battent désespérément pour s’échapper, Raphaël la serre contre sa poitrine, tout en la caressant. « Comment es-tu arrivée ici ? », demande le garçon à sa prisonnière. « La porte du garage était ouverte », lui répond Mylène. Raphaël n’est pas surpris d’entendre la poule lui parler, car chacun sait qu’en période de Noël, les animaux parlent entre eux et que quelques humains les comprennent. Raphaël fait partie de ceux-ci, sans doute grâce à ses histoires dans lesquelles chacun raconte aux autres ce qu’ils font. « J’ai voulu explorer cet étrange poulailler et j’ai sauté de marche en marche. J’y ai mis la journée. Puis la nuit est tombée, les portes ont été fermées et, épuisée par mon effort, je me suis réfugiée au creux de l’épaule de la statue. Le lendemain, avec un peu de paille oubliée, j’ai fabriqué un nid, pondu et attendu. J’avais un peu soif, un peu faim, mais je savais que quelqu’un viendrait sûrement me chercher. »

La poule se blottit davantage contre le garçon, appréciant la douceur de ses caresses. Sa petite tète tourne d’un côté à l’autre et son bec picote le bras de son hôte insolite. La neige dehors s’épaissit recouvrant la pelouse et les massifs de rhododendrons et de camélias qui prennent des allures de grosses boules de neige. Malgré la lumière qui baisse de plus en plus. Raphaël se dit qu’il n’aura pas à se raconter d’histoire puisque, cette fois, il en vit une en direct. Il imagine malgré tout que Mylène, lorsqu’elle aura retrouvé ses sœurs poules, Sheila l’ébouriffée, Barbara la petite américaine, Simone la grosse blanche et encore Solange la Pékinoise, celle dont les pattes sont couvertes de plumes, elle ne manquera pas de leur raconter ses aventures. Quand même, être oubliée près d’une semaine dans ce grenier, sans boire ni manger, n’est pas banal.

Raphaël redresse la statue, qui est bien lourde. Il lui donne un baiser rapide sur la joue. Au moment de se redresser, il sent comme une caresse sur la sienne. Avant de quitter le grenier, il se retourne, la main de la statue se lève et s’agite comme pour un au revoir.

Dehors, Mylène libérée s’ébroue dans la neige et rejoint ses compagnes. Plus tard, devant la crèche, le garçon distingue parmi les santons, une poulette rousse qui sautille autour de la mangeoire. L’Enfant Jésus la suit des yeux en battant des mains. Raphaël est le seul à les voir.  (Fin)

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