L’École de Paris (1900-1939) à Céret

Publié le 22/09/2022 - mis à jour le 23/09/2022 à 11H32

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Au début du XXe siècle, Paris est reconnu comme un phare artistique incontournable autant qu’un havre de liberté. Le célèbre Bateau-Lavoir à Montmartre, où Picasso et Braque ont créé le cubisme en 1907, a sans doute contribué à cette réputation. Mais c’est Montparnasse qui a accueilli les artistes venus de Biélorussie et d’Europe Centrale, juifs pour la plupart, fuyant ces pays où ils n’avaient pas leur place. Sont arrivés également Polonais, Japonais, Hollandais attirés par l’avant-garde.

En 1925, le critique André Warnod qui fréquente ces peintres et sculpteurs dont il apprécie le talent, réunit ces artistes si différents sous le nom « École de Paris », affirmant ainsi l’apport de ces créateurs qui, tout en conservant la singularité de leur origine, ont contribué au développement des courants artistiques : cubisme, fauvisme, futurisme et abstraction. Cette École demeure comme une page importante de l’histoire de l’art.

Céret, petite ville des Pyrénées Orientales, a attiré plusieurs de ces artistes. Ils cherchaient le dépaysement ; ils ont découvert une nature colorée et une lumière ardente. Les tableaux de certains d’entre eux sont exposés en permanence au musée. L’exposition actuelle a pour objectif de rappeler l’effervescence artistique qui a régné durant la première moitié du XXe siècle. Si ces peintres et sculpteurs vivent plutôt difficilement à la Ruche pour la plupart, ils fréquentaient cependant le Dôme, la Rotonde, la Coupole, brasseries où ils entamaient des discussions sans fin.

La période « fauve » ouvre le parcours avec des compositions lumineuses, telle la Danseuse des Folies Bergères, torse nu et vivante de Kees Van Dongen, qui contraste avec l’austère Philomène qui impose sa présence, puissamment traitée par Sonia Delaunay. Ces œuvres voisinent avec celles de Kupka ou Souza-Cardioso entre autres. Rapidement, le cubisme prend une place importante sous l’influence des Espagnols, Picasso et Juan Gris, dont les œuvres hors normes intéressent les artistes. Sobre et superbe, le portrait de Guillaume Apollinaire par Giorgio De Chirico ; il entretenait avec le poète des rapports étroits. Dans cette toile, il évoque d’une manière prémonitoire la blessure à l’œil durant la guerre de 1914 dont il allait mourir. Chacun des artistes présentés ici a réalisé des œuvres très personnelles, d’inspiration cubiste : Léopold Survage, Serge Férat ou Alfred Reth, et Picasso présent avec La Fillette au cerceau en un cubisme en partie lisible.

Figure incontournable de cette École : Chagall, dont on découvre toujours les tableaux teintés de poésie avec le même enchantement, souvent témoins de son attachement à Vitebsk, entre nostalgie et modernisme. Une salle est consacrée à la Ruche, une bâtisse inconfortable, ancien pavillon de l’Exposition universelle de 1900 où bien des artistes ont trouvé refuge. Si le confort n’existait pas, ils se retrouvaient entre eux, travaillaient ; la colonie russe et polonaise y était fort importante. Ici sont présentées, outre les compositions de Chagall, celles de Kikoïne et des sculpteurs Archipenko et Lipchitz, tous deux novateurs et qui ont pleinement participé à l’avant-garde à partir de 1910.

Modigliani lui aussi a participé au renom de l’École de Paris ; ses nus et portraits raffinés traduisent la nature du modèle. Ce sont aussi Foujita et son originalité ou Kisling. Présent également : Soutine, dont les portraits traités avec une sorte de brutalité, aux visages déformés qui s’organisent dans le chaos en une palette forte.

Des photographies témoignent du Paris des années 1920-1939 : Brassaï met superbement en scène le Pont-Neuf, entre ombre et lumière ; on admire les clichés de Man Ray, Kertesz, Germaine Krull parmi d’autres.

« Il est très difficile, écrit André Warnod, de préciser ce que les étrangers nous empruntent et ce que nous leur empruntons » ; une analyse d’une grande justesse.

• Musée d’art moderne, 8 boulevard du Maréchal Joffre, 64400 Céret

Jusqu’au 13 novembre 2022

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