Les agneaux perdus

Publié le 21/12/2017

Jean-Baptiste Boyer, Les anges rouges, 2017 Courtesy Galerie Laure Roynette.

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Dans la vitrine donnant sur la rue de Thorigny sont accrochés deux petits portraits, de profil. Des visages maquillés de blanc, dont l’un porte un contour noir autour des yeux et sur les lèvres. Des autoportraits où le peintre s’avoue lui-même ? Ils n’attirent pas vraiment pour une émotion qu’ils pourraient provoquer, ils attirent parce qu’ils sont énigmatiques. Ils retiennent l’attention comme peuvent le faire des photographies de visages dont la caractéristique du regard ou de l’expression séduit pour une raison ou une autre.

Puis nous entrons dans la galerie, où de grands formats nous attendent. Des peintures représentants des personnages aux variations d’attitudes, de gestes et d’attributs. De jeunes hommes, pour la plupart, sur des fonds de paysage ou neutres. Jean-Baptiste Boyer a centré sont travail sur les visages et notre regard se porte tout d’abord sur eux. Visages mouvementés comme des rêveries, comme une discussion. Visages. Rêveries. Désir… Visages rêveur, provocants. Les autres aspects des peintures et leurs compositions se découvrent après.

Certains personnages regardent le spectateur, d’autres ont le regard qui se porte hors champ. Ironie et humour se dégagent du discours du peintre, aussi la dérision avec les symboles qui accompagnent ses sujets. En effet, Jean-Baptiste Boyer fait usage de symboles, mais que signifient-ils dans ses scènes ? Rien apparemment, à moins d’extrapoler sur leur sujet, sinon qu’ils font référence à des peintres du passé. Une croix. Un petit chien. Un crâne. Des oiseaux rouges… Des anecdotes ?

Jean-Baptiste Boyer est un peintre. Un peintre autodidacte. Et vous serez étonnés, car il n’a que vingt-sept ans, par la maturité de son travail. Tout d’abord, le dessin a été sa première activité, et nous voyons bien qu’il dessine maintenant avec ses pinceaux. Il semble, d’autre part, avoir beaucoup observé des peintres comme Édouard Manet, Francisco Goya, Bartolomé Esteban Murillo ou encore le Tintoret. Les thèmes et compositions qu’il a choisis le montrent. Jean-Baptiste Boyer les a intégrés pour nous proposer une peinture contemporaine. Ses personnages, nous pouvons les croiser dans la rue, certains sont tatoués. Qui sont-ils ? Qu’attendent-ils ? Que questionnent-ils ? Nous interpellent-ils ? Rien n’est sûr…

Jean-Baptiste Boyer nous propose aussi une grande toile, une sorte de déjeuner sur l’herbe à sa façon. Elle représente trois hommes formant une composition triangulaire sur un fonds de paysage avec un ciel tourmenté de fin de journée. La scène est dans une demi-obscurité, provocatrice. Un homme est assis, à  gauche, au premier plan, qui nous regarde du coin de l’œil. Dans sa main droite il tient un poignard qu’il a planté dans le sol. Au centre est assis un personnage qui tient un crâne avec sa main droite, tandis que la gauche est levée avec l’index pointé vers le haut.  Un autre homme est assis, à droite, au premier plan, nu mais chaussé de souliers noirs. Il est à demi allongé, s’appuyant sur le coude droit. Son bras gauche est tatoué. Il regarde l’homme qui est au centre, qui le regarde. Lui parle-t-il ? L’interroge-t-il ?

La peinture figurative semble aujourd’hui intéresser de jeunes artistes qui remettent à l’ordre du jour scènes et histoires. Depuis l’origine, la peinture nous raconte des histoires. Les histoires que Jean- Baptiste Boyer nous propose, sont mystérieuses et floues. Peut-être pour activer notre imagination et nous inviter à les écrire nous-mêmes.

LPA 21 Déc. 2017, n° 132k2, p.24

Référence : LPA 21 Déc. 2017, n° 132k2, p.24

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