Les carabins à l’origine des mousquetaires

Publié le 21/02/2022

Cet « Ordre pour le logement de 15 carabins au lieu de Sausson », daté du 11 décembre 1625, a été adjugé 200 €.

Vermot & Associés

Les militaires se déplacent, c’est bien connu. Ils participent à des manœuvres, assurent des missions, et protègent leur pays contre les incursions des ennemis. Sous l’Ancien Régime, leur trajet était tracé suivant les besoins, et validé uniquement par le Roi et son ministre de la Guerre. Ceux-ci étaient les seuls habilités à fournir les feuilles de routes. Quant au tracé, il répondait au joli mot, désormais oublié, de « routte ». Ce n’est pas sans une certaine appréhension que les habitants des villes voyaient arriver dans leur cité, des troupes de passage. Il n’existait pas encore au XVIIe siècle, de caserne pour accueillir les soldats. Ils devaient « l’Ustensile » au soldat, c’est-à-dire le lit, le pot et la place au feu et à la chandelle. À cela s’ajoutaient la nourriture et le fourrage. Comme pour les villes ou communes, les remboursements par les finances du Roi n’étaient effectués que tardivement. Ce qui explique que certains préféraient quitter la ville plutôt que d’accueillir ces braves militaires qui ne l’étaient pas toujours. C’est sans doute la raison pour laquelle un Règlement de 1651 prévoyait que le logement des soldats se fasse en priorité chez les personnes les plus riches. Ce n’était donc pas encore le cas le 11 décembre 1625, lorsque Jacques d’Estampes, capitaine des 100 hommes d’armes, maréchal de camp en ses armées et commandant pour sa Majesté en la ville et citadelle de Montpellier signa un « Ordre pour le logement de 15 carabins au lieu de Sausson ». Ce document (1 page in-folio) a été adjugé 200 €, à La Salle, par la maison Vermot & Associés, le 18 janvier dernier.

Que l’on ne s’y trompe pas, ces carabins-là n’étaient pas des étudiants en médecine, mais des membres de la cavalerie légère chargés d’escorter le roi et armés de carabines à canon cour, ce qui permettait de tirer tout en restant à cheval. Cette compagnie, créée par Henri III fut dotée de mousquets par Louis XIII en 1622. C’est là l’origine du corps des mousquetaires de la maison du Roi, cher à Alexandre Dumas. Les dictionnaires précisent par ailleurs que « le carabin est un terme ironique qui viendrait de escarabin, qui en français médiéval désignait un scarabée fouisseur, ensevelisseur de cadavres. Comme cette tâche était souvent accomplie pendant les épidémies de peste par les étudiants en médecine, le sobriquet leur est resté ».

Quant à Jacques d’Estampes (1579-1639), déjà chevalier du Saint-Esprit en 1619, il fut fait marquis de Valençay en 1622, en même temps qu’il fut nommé maréchal de camp. Ces nominations venaient après la signature, le 18 octobre 1622, du Traité de Montpellier, dans cette ville, entre Louis XIII et Henri duc de Rohan, chef des forces huguenotes, pour mettre fin aux rébellions huguenotes. Il était prévu que Montpellier était exemptée de citadelle et de garnison. Cependant, le nouveau marquis demeura dans la ville avec les régiments de Picardie, de Navarre et de Normandie, sous prétexte de veiller à la démolition des remparts. Ce qui explique le billet de logement.

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