Hauts-de-Seine (92)

Les clés du temps

Publié le 24/10/2022 - mis à jour le 24/10/2022 à 10H10

Cet ensemble de clés (XVIIe et XIXe siècles) a été adjugé 2 106 €

Aguttes

L’homme tire de la poche de son gilet, une montre fixée à une chaîne, elle-même retenue à l’habit. Il s’aperçoit qu’elle est arrêtée ; il la secoue, puis faute de réaction, la porte à son oreille. Aurait-il oublié d’en remonter le mécanisme ? C’est fort probable. Agacé, il fouille dans une autre poche de son habit et en tire un petit boîtier. Celui-là en cuir clouté, contient un petit pilulier transformé à partir d’un boîtier miniature et contient des clés pour remontoirs. Est-ce lui ou un autre qui a été adjugé 3 250 €, à Neuilly-sur-Seine (92), le 28 septembre 2022 par la maison Aguttes assistée par Geoffroy Ader, lors d’une vacation sur le thème Une histoire du temps ? Ce boîtier de protection de montres contient une collection d’une dizaine de clés de montres anciennes, stylisées de différentes tailles.

« L’art horloger couvre une période de plus de 500 ans, ce qui est rare dans les spécialités du marché de l’art », précise l’expert Geoffroy Ader. Le catalogue présente plus de 70 montres, en commençant par les horloges de table, comme celle conçue sans doute par P. Plantard, à Abbeville au milieu XVIe siècle, vendue 197 552 €. En cuivre doré, de forme hexagonale sommée d’un dôme repercé (pour la sonnerie), elle est à motif de cuirs découpés et masques grotesques gravés. On sait que cette horloge a été commandée par Guillaume Bailly (1519-1582), conseiller du Roi puis conseiller d’État et conseiller d’honneur au Grand Conseil puis conseiller-maître des Comptes et président en la chambre des Comptes. Anobli par Charles IX, il fut décoré de l’ordre de Saint-Michel et devint le 44e abbé de l’abbaye de Bourgueil en mai 1582. Cela ne lui porta pas chance. Il trouva la mort à la suite d’un empoisonnement lors d’un dîner auprès du comte de Montsoreau, au château de La Coutancière, à Brain-sur-Allonnes.

Les montres ont pris des formes singulières, reflétant les usages de leur temps. L’une d’elles, en métal doré et cristal de roche, pré-balancier spiral, est enchâssée dans une croix. Marquée par l’horloger Bergier à Paris au XVIIe siècle, elle a été vendue 35 100 €. Les montres dites puritaines sont au contraire ovales et à une seule aiguille. Un modèle signé Bouquet, Londini (Londres) au milieu du XVIIe siècle, a trouvé preneur à 12 350 €. Si l’on examine bien le dos de cette pièce, on peut lire une inscription en lettres gravées « John Milton » (1608-1674). « On peut estimer qu’elle a sans doute appartenu au poète anglais, célèbre pour avoir écrit le Paradis Perdu », dit l’expert.

Toutes ces montres marquent le temps, mais ce dernier ne peut la suivre qu’à la condition d’en remonter le mécanisme. Le catalogue propose encore un ensemble de clés dont les poignées sont ornées de manière très différentes, devenant de véritables objets d’art. Elles sont parties à 2 106 €. Reste « La Clé Magique » en or, avec calendrier semi-automatique, qui a été vendue 8 450 €.

• Aguttes, 164 bis avenue Charles de Gaulle, 92200 Neuilly-sur-Seine

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