Les contes étranges de Niels Hansen Jacobsen

Publié le 02/04/2020 - mis à jour le 06/04/2020 à 14H19

Chers lecteurs,

Malgré le confinement, nous avons décidé de continuer à partager avec vous de belles expositions visitées avant le début du confinement. Ce sera d’autant plus l’occasion pour vous, chers lecteurs, d’aller les visiter une fois cette période compliquée derrière nous. En attendant, portez-vous bien !

La Rédaction

Pernille Klemp

Étrange, l’œuvre de cet artiste danois présenté en France pour la première fois mais tout aussi surprenante, voire presque inquiétante parfois et qui suscite un fort intérêt.

Né à Vejen dans une famille d’agriculteurs Jacobsen étudie à l’Académie royale des Beaux-Arts de Copenhague. Grâce à une bourse il voyage en Allemagne et en Italie avant de s’installer pour dix ans à Paris de 1892 à 1902. Il vit à la Cité Fleurie aux côtés d’artistes français et étrangers attirés par la vitalité artistique de la capitale. Paris est alors, avec Bruxelles, le berceau du Symbolisme et de l’Art Nouveau.

Ce n’est pas un hasard si l’exposition est présentée au musée Antoine Bourdelle ; ce grand sculpteur s’intéresse au mouvement symboliste, en témoignent ses créations qui dialoguent avec celles de Jacobsen. Ce dernier s’inspire en partie des légendes du Nord ou des contes d’Andersen ; ainsi sont nées des créations surprenantes dans lesquelles il oscille entre symbolisme et fantastique.

Dès l’entrée un délicat portrait de l’artiste vu de profil par Henriette Hahn, familiarise le visiteur avec son visage ; celui peint par Axel Hon le présente en blouse de travail dans son atelier ; il semble interroger le visiteur par son regard profond. L’exposition se décline en plusieurs séquences : La Petite Sirène commence le parcours. Tous les rêves sont permis à partir de ce personnage légendaire et si Jacobsen en réalise un plâtre dans lequel le corps dénudé, juvénile est pris dans un tourbillon de matière, on découvre d’autres interprétations : l’aquarelle de Gustave Moreau « Ulysse et les Sirènes » dans l’esprit symboliste tandis que Jens Lund compose une œuvre décorative aux arabesques colorées, onduleuses. Des vitrines réunissent de petites œuvres en grès émaillé aux formes variées, travaillées : créations de Jacobsen et de quelques-uns de ses amis. Ce sont des bustes d’enfants ou des pots aux formes réinventées aussi bien qu’une petite sirène, céramique organique. L’invention est partout dans la série de pots exposés plus loin, certains sont rehaussés d’éléments métalliques ou de surplus de matière.

Puis l’on se trouve confronté à de surprenantes petites sculptures : chauve-souris, inquiétante, tête de chat insolite, grenouille aux oreilles de lapin entraînent dans le fantastique, l’imaginaire. Plus impressionnants les « Masques et Méduse ». C’est la terrible Gorgone à la chevelure de serpent dont Bourdelle réalise une tête surmontée de ses cheveux dressés ; extravagant, puissant « Masque d’Automne » auquel Jacobsen confère une vraie présence physique dans une réinvention du visage aux traits burinés magnifiquement traité. Ce sont encore des effigies grotesques, celle de Jean Carriès à la figure menaçante, tirant la langue tandis qu’un serpent enserre une partie du visage. On est saisi encore par les grands bronzes réalisés par le danois. Avec « L’Ombre » c’est une évocation de la mort qui plane dans nombre d’œuvres d’ailleurs ; il réunit ici symbolisme et art nouveau, le visage est effacé et le corps apparaît lié aux volutes d’un voile qui semble le recouvrir. Autre sculpture impressionnante, de grand format elle aussi « La Mort et la Mère » à la beauté tragique dans un superbe travail de sculpteur, la faucheuse vient d’accomplir son œuvre dévastatrice. Les symbolistes ont souvent peint ou sculpté monstres et visions de cauchemars souvent liées à la mort enfouis dans notre inconscient et notre imaginaire. Bourdelle impressionne tout autant avec « La Nuit de face » autre démarche tout aussi forte : le visage de Beethoven tragique, tourmenté puissamment traduit.

Diverses, intéressantes, chaque œuvre est à découvrir.

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Référence : LPA 02 Avr. 2020, n° 151q6, p.14

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