Les Ouvertures pour orchestre de Bach

Publié le 30/01/2020 - mis à jour le 03/02/2020 à 17H45

Naïve Records

Dans ses Ouvertures ou Suites pour orchestre, Bach mélange les styles. Ainsi débutent-elles par une ouverture à la française, dans laquelle les mouvements lents sont séparés par un vivace traitement fugué.

Celle-ci est suivie par une succession libre de danses déclinant divers états émotifs et empruntées au répertoire français mais aussi italien.

De la plus lente, la Courante, à la plus rapide, le Passepied, en passant par la Sarabande, le Menuet, la Gavotte, le Rigaudon, la Bourrée, la Gigue. Musiques alertes, éclatantes de vie, elles enthousiasment par leur charme qui les rapproche souvent de la forme concertante.

Leur origine reste sujette à interrogation.

Il n’existe pas de manuscrits originaux complets, mais seulement des parties séparées, et on se perd en conjecture sur leur datation : de l’époque de Coethen pour deux d’entre elles, de celle plus tardive de Leipzig pour les autres ?

La présente interprétation les aborde dans la chronologie supposée et vraisemblable de leur composition, la numérotation habituelle ayant été établie a posteriori.

La Suite N° 3 BWV 1068 offre une Ouverture somptueuse enrichie de trois trompettes et des timbales.

« Air » est une page d’une beauté troublante dans son aspect méditatif et son tempo grave dont les phrases s’enroulent sur elles-mêmes.

Les deux Gavottes ne sauraient faire meilleure diversion par la vivacité des thèmes.

Bourrée et Gigue parachèvent de leurs traits engageants une œuvre proprement irrésistible.

La Suite N° 1, BWV 1066 est dotée de sept parties.

L’Ouverture distingue ritournelles et passages en trio des bois, typique du morceau à la française.

Le hautbois entraîne les plaisantes Gavottes, puis la Forlane, joliment scandée dans un tourbillon de notes contrastant cordes et bois.

Les deux Menuets diffèrent en ce que le premier mêle bois et cordes, alors que celles-ci sont seules présentes au second.

C’est le contraire dans les deux Bourrées.

Les Passepieds sont contrastés aussi, le premier rapide, énergique, syncopé, le second plus calme, plus continu dans son cheminement.

La Suite N° 4 BWV 1069 aligne au long de ses cinq parties, une Ouverture mêlant solennité et vivacité, puis des Bourrées d’atmosphère joyeuse dans le dialogue cordes-vents, une Gavotte légèrement retenue pour un joli effet, qu’agrémente la disposition face à face retenue ici.

Les Menuets sont d’une élégance toute française.

La « Réjouissance » finale est aérienne et enlevée.

La Suite N° 2 BWV 1067, la dernière composée, bien que non conçue pour la flûte à l’origine, lui confie un rôle intéressant.

Dans l’Ouverture, celle-ci suit le violon pour créer un timbre particulier. Elle s’émancipe au fil des mouvements ultérieurs, comme les Rondeaux, où perce une des plus piquantes inspirations de Bach, puis la Sarabande, et surtout la Polonaise où elle joue une octave plus haute que le violon.

Elle gagne son autonomie dans la Badinerie finale et son tourbillon qui adoptent un ton presque humoristique.

L’interprétation de Rinaldo Alessandrini à la tête de son Concerto Italiano adopte la solution d’un seul exécutant par partie, savoir le quatuor à cordes, une basse, quatre bois, trois trompettes et timbales.

Il les dispose en trois groupes, cordes à gauche, bois à droite, cuivres et timbales au fond, le clavecin étant placé au centre.

Une extrême lisibilité s’en dégage, singulièrement dans le contrepoint.

Ces exécutions, fortes de 15 musiciens, promeuvent une élégance tout italienne, pour ne pas dire française.

Les choix interprétatifs sont judicieux à travers la vivacité des tempos qui pour être bien articulés, gardent une souple liberté.

On admire une intéressante différenciation aussi au long des diverses danses, dont les indications peuvent varier à l’intérieur d’un même type.

Comme le raffinement des solos que permettent les éminentes qualités des instrumentistes de cette formation : douceur de la flûte traversière, piquant des hautbois, finesse des cordes.

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Référence : LPA 30 Jan. 2020, n° 151f1, p.19

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