Les peintres hollandais à Paris, 1789-1914

Publié le 20/03/2018

Vincent Van Gogh, Autoportrait, 1887, huile sur carton.

Vincent Van Gogh Foundation

Fort connue, l’école de Paris a réuni à la Ruche, au début du XXe siècle, des artistes venus de Russie et de pays de l’Est, attirés par la Ville-Lumière à la réputation internationale de créativité et de liberté. Ce que l’on sait moins, c’est qu’à la fin du XVIIIe siècle, Paris accueillait déjà des peintres hollandais désireux de faire évoluer leur création au contact des artistes français et de découvrir musées et écoles.

C’est le thème de l’exposition du Petit Palais qui présente 9 peintres issus de Hollande, qui ont séjourné ou se sont installés dans la capitale, créant des liens et des possibilités d’échanges entre artistes.

Aux côtés de ces peintres figurent des français, leurs contemporains, permettant de découvrir influences et différences. Le parcours est riche de 115 compositions. Chaque section obéit à une scénographie mettant en valeur les diverses époques, présentées dans un ordre chronologique.

L’œuvre de Gérard van Spaendonck ouvre l’exposition avec de somptueux bouquets de roses fraîches, épanouies, associées à d’autres fleurs sous la lumière, dans l’esprit du Siècle d’Or. Il séjourne dans la capitale dès 1789 et est bien introduit dans la vie artistique parisienne. Ami de Jacques-Louis David, dont on peut voir un portrait, il devient en 1793 professeur de dessin botanique. Après lui de nombreux artistes feront le voyage de Paris. Dans la même salle, d’autres compositions florales réalisées par ses contemporains Jan Frans van Dael ou Knip traduisent une observation attentive d’une nature vivante.

Ary Scheffer s’installe dans une fort jolie maison rue Chaptal, devenue musée de la Vie romantique. Professeur de dessin des enfants de Louis-Philippe, il bénéficie de relations et d’une grande notoriété. C’est un portraitiste apprécié, délicat comme en témoignent de charmants tableaux ; il réalise ensuite des compositions allégoriques inspirées de Dante, Gœthe ou Byron. Son salon est ouvert aux peintres, musciens, romanciers. Il soutient les peintres de Barbizon.

Autre figure importante, Johan Barthold Jongkind, dont est présenté un petit autoportrait tout juste esquissé et fort présent. Arrivé jeune à Paris, il se lie d’amitié avec Théodore Rousseau, Félix Ziem et d’autres artistes de l’école de Barbizon avec lesquels il travaille en plein air. Son art s’enrichit, comme l’atteste Rue Notre-Dame à Paris, toute de fraîcheur. Eugène Boudin, qui l’admire et dont est exposée une délicate Marée basse à Etaples, écrit un article sur lui. De Paris à Barbizon, c’est aussi la voie de Jacob Maris qui réalise dans la forêt de Fontainebleau de lumineux paysages, la nature est reine.

Moins connu, Frederik Hendrick Kaemmerer remporte un succès à Paris, notamment grâce au marchand d’art Adolphe Goupil qui apprécie ses tableaux et les vend à ses collectionneurs. Une peinture légère qui, souvent, suggère le motif. Au moment où George Hendrick Breitner effectue des séjours à Paris, entre 1884 et 1891, l’impressionnisme connaît le succès. L’artiste s’intéresse à cette démarche innovante et en réalise une adaptation originale. Admirateur d’Edgar Degas et de son traitement des Danseuses, il en exécute, puis ses thèmes et sa palette évoluent ; il réalise de grandes toiles aux touches visibles, appuyées pour des nus vivants, et pratique des couleurs profondes pour des personnages librement traités.

Peintre réaliste aux sombres coloris, Vincent van Gogh découvre la peinture moderne dans la capitale. Durant 2 ans, il travaille ; sa palette s’éclaire, presque transparente, telles ses vues de Paris ou Montmartre avec jardins et moulins. Une transformation radicale. Près de lui, Claude Monet et sa lumière.

Kees van Dongen, dont l’œuvre avant-gardiste et mondaine est appréciée, peint la vie nocturne des plaisirs sous des effets de lumière, mais il est également portraitiste mondain au grand succès. Quant à Piet Mondrian, figuratif à ses débuts, il s’intéresse ensuite au cubisme ; peu à peu, il décompose le dessin pour arriver à des œuvres abstraites dans un agencement de lignes et de couleurs.

Paris a permis à ces artistes de développer leur création.

LPA 20 Mar. 2018, n° 134m3, p.16

Référence : LPA 20 Mar. 2018, n° 134m3, p.16

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