Les peintres vus par les poètes

Publié le 17/08/2018

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235 tableaux et en vis-à-vis un poème spécialement écrit pour l’œuvre, une idée originale, intéressante, présentée au musée Paul Valéry à Sète, sous la direction de Maïté Vallès-Bled, sa conservatrice.

Il s’agit de mettre en valeur une partie de la collection riche de 700 peintures du XVIIe siècle à nos jours, de 2000 dessins ainsi que 2 fonds importants : Paul Valéry qui rassemble 600 documents et des œuvres peintes et gravées par le poète et le fonds Salah Stétié, poète franco-libanais qui, en 2017, a légué peintures et poésies.

Magnifiquement situé, dominant la mer et entouré d’un jardin, voisin du cimetière marin où se trouve la tombe de Paul Valéry, le musée a été inauguré en 1970 et restructuré, rénové en 2010. Il offre sur 3 étages de vastes salles lumineuses.

Dès la dernière moitié du XIXsiècle, la côte méditerranéenne a attiré un grand nombre d’artistes et Sète figure parmi les lieux privilégiés fréquentés par les peintres en quête de lumière et de sérénité. Cet attrait demeure et la ville est un vivant foyer d’art contemporain.

Ce choix d’unir peinture et poésie permet une autre approche des œuvres, l’association de ces deux démarches artistiques propose une réflexion nouvelle et permet parfois d’éclairer la compréhension d’un tableau.

Dans cette évocation de 400 ans de peinture, la période de la fin du XIXsiècle jusqu’aujourd’hui constitue la partie la plus importante de l’exposition. Si tableaux et poèmes ne sont pas d’égale qualité l’intérêt de la visite est évident. Parmi les peintres des XVIIe et XVIIIsiècles, on remarque Abraham Storck, Peter Boel ou Antoine Le Sueur pour des compositions à la palette raffinée. À retenir encore Louis de Boullogne et Andrea Locatelli et l’on est touché par les poèmes de Ferruh Tunk et Stéphane Bataillon.

Dès les années 1850, la ville qui possède un charme particulier a accueilli Courbet, ici une mer sobre que sublime le poème de Jacques Lovichi. D’Alexandre Cabanel un jeune romain au visage nimbé de lumière. Des scènes un peu misérabilistes fort bien exécutées donnent une vision de la vie de cette fin de XIXe siècle. Elles suscitent parfois des lignes touchantes d’Hala Muhamad notamment. C’est aussi la période de l’Orientalisme avec des compositions chatoyantes. Mais la partie la plus importante concerne le XXe siècle et ses différents courants artistiques à travers lesquels s’est affirmé l’art moderne. Raoul Dufy, Albert Marquet, Maurice Marinot verrier et peintre sont venus travailler à Sète, mais encore Edmée de La Rochefoucauld, dont le portrait de Paul Valéry apparaît d’une grande vérité, fort bien traité, naturel. Il a inspiré à Sylvestre Clancier un bien joli et délicat poème.

L’importance de Sète dans le domaine artistique est confirmée par la création en 1953 du groupe Montpellier-Sète fondé par François Desnoyer dont les œuvres témoignent d’une création forte, personnelle, haute en couleurs et teintée d’un cubisme discret. Avec lui, Gabriel Couderc qui fut conservateur de ce musée, affirme une figuration renouvelée à la palette ardente. Chez Jean Hugo la géométrie, la pureté de la ligne sont privilégiées. La vitalité artistique a continué grâce en particulier à deux artistes emblématiques qui prônent la figuration libre. Des toiles enflammées, souvent exultantes, parfois fantastiques, de Robert Combas parfois accompagnées de textes, se dégage une vraie sensualité en une écriture personnelle. Expressif et libre, l’art d’Hervé Di Rosa traduit ses fantasmes, sa ville aussi avec imagination et en un chromatisme puissant. Ils ont fait des émules qui travaillent avec la même liberté. L’art « contemporain » conclue l’exposition dans la diversité des expressions : Ladislas Kijno, Jean Messagier ou Claude Viallat.

La richesse du musée, l’intérêt des poèmes font de cette exposition un moment privilégié.

LPA 17 Août. 2018, n° 138p4, p.14

Référence : LPA 17 Août. 2018, n° 138p4, p.14

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