Paris (75)

Les photographies de Letizia Le Fur

Publié le 27/07/2021

Les photographies de Letizia Le Fur

Mythologies, par Letizia Le Fur.

DR

En peinture comme en photographie, le paysage est imaginaire, même s’il repose sur une réalité observée. Le photographe ou le peintre nous donne leurs rêveries. Des peintres comme Poussin, Bosch, Gustave Moreau ou Van Gogh, et plus récemment David Hockney ou Marc Desgrandchamps, nous ont donné des paysages rêvés, rêveries issues d’un thème mythologique ou issu de leur imaginaire propre. Mais la composition de leurs paysages sont des inventions-rêveries, tout comme un jardinier-paysagiste peut le faire. Les paysages que nous donne Letizia Le Fur sont à la fois issus de sa lecture de la mythologie grecque, pour laquelle elle porte une attention particulière et sensible, et de sa vision. Son travail est une relecture, subjective, des mythes pour son domaine de création.

Le spectateur rencontre donc ce qui résulte d’une transformation, d’une vision, de ce que l’artiste a observé. Car l’artiste ne dissimule pas, dans ce qu’il nous donne à voir, sa sensibilité ni sa vision de la nature. Du reste, peut-on être vraiment sûr de ce que nous voyons ? La perception d’une image étant toute relative suivant la personne…

La vision-rêverie d’un paysage est une sorte d’utopie, le dévoilement d’une pensée, un monde, autre, avec une geste poétique. Une geste poétique que transcrit l’artiste avec des couleurs et des formes. Le poète le dira avec des mots, comme John Keats : « Oh, comme j’aime par un beau soir d’été/Quand la lumière à l’ouest déverse ses flots d’or/Et que sur les zéphyrs embaumant calmes dorment/Les nuages d’argent, loin – loin laisser/Toutes les pensées plus mesquines, et m’offrir la douceur de surseoir/A des soucis mineurs ; trouver, sans difficile quête/Un lieu d’odeur sauvage que de sa beauté la Nature a paré ».

Diplômée de l’École nationale des Beaux-Arts, Letizia Le Fur s’est orientée vers la photographie, encouragée par son professeur Valérie Belin. En 2018, elle remporte le prix Leica/Alpine puis le premier prix de la Maison Européenne de la Photographie.

Letizia Le Fur utilise la couleur de façon très personnelle, et ses photographies se situent entre la réalité et la fiction. La peinture classique, la mythologie et la nature sont les sources de son inspiration. Pour la photographe, la nature, la beauté et la mythologie font sens, et les travaux qu’elle présente résultent d’une relecture, très libre, des mythes grecs. Son but n’est pas de les illustrer mais de faire émerger des images à l’aide de son monde onirique.

Ce que Letizia Le Fur présente aujourd’hui sont des photographies de la première partie d’un triptyque, « Mythologie », récit à la fois intime et universel, interrogeant la relation que nous avons avec la nature. Ce sont des voyages. Le premier chapitre, nommé « Origine », se rapporte à la création du monde ou l’on voit le beau et le laid en alternance, inspirée des Métamorphoses d’Ovide. Le second, nommé « L’Âge d’Or », est une recherche de communion avec la nature où apparaît la figure humaine, pour faire le lien entre la nature et l’homme. Le troisième se nommera « Métamorphoses ».

Nous avons là une rencontre sensible qui interroge sur la nature et la place de l’humain dans son espace. La relation de l’homme à la nature est, avec les photographies de Letizia Le Fur, un voyage onirique, où ses trois thématiques : Origine, L’Adore et Métamorphoses tentent à transcender la réalité pour nous emmener dans un autre espace-temps. C’est une utopie, puis-je dire, filtrée par la psyché.

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