Les splendeurs de l’Octuor de Schubert

Publié le 04/04/2024

Philharmonic Ensemble Berlin

Il est peu d’œuvres aussi séduisantes, même à la première écoute, que l’Octuor de Schubert. Il a été écrit sur commande en un temps très bref, en février 1824. La richesse thématique, la diversité des combinaisons entre instruments sont au service d’une écriture foisonnante, souvent presque concertante, la clarinette singulièrement et à un moindre degré le cor, étant mis en exergue. Le ton général est celui du divertissement, non sans quelques arrière-plans plus dramatiques. Schubert entend unir ce qui relève du ton « populaire » et ce qui ressort d’une ambition musicale plus profonde : « Le chemin vers la grande symphonie ». Car les proportions de l’œuvre sont aussi vastes que le tissu sonore est dense. Il prend pour point de départ le thème d’un des Lieder du cycle contemporain de La Belle Meunière.

Cette nouvelle version, due à l’un des ensembles chambristes de l’Orchestre Philharmonique de Berlin, se distingue par sa spontanéité et sa suprême élégance. Outre un extrême fini instrumental, ajouté à une cohésion que seule permet la réunion de musiciens habitués à travailler ensemble, elle possède ce mélange de fraîcheur et de gravité inhérent au discours schubertien. Les tempos jamais ne s’alanguissent, la variété des timbres reste toujours un constant bonheur. Juste milieu entre clarté classique et expressivité romantique, là où le parfait équilibre entre les voix rend justice aux innombrables associations de timbres imaginées par Schubert, telles que violon-cor ou clarinette et basson. L’ampleur du récit, la vaste gamme d’émotions transcendent la complexité formelle de la pièce. Et la faconde enthousiaste n’a d’égale que la souveraine profondeur de ton. En un mot, une exécution respirant l’évidence de l’authenticité.

Passé l’introduction Adagio, l’Allegro du premier mouvement est pris à un rythme soutenu, avec un sentiment d’urgence. La section più Allegro en décuple l’allure. À l’Adagio, introduit par la cantilène de la clarinette lumineuse de Wenzel Fuchs, thème mémorable s’il en est, on ne traîne pas et le drame affleure çà et là au sein d’un océan de lyrisme. L’Allegro vivace se veut un scherzo vigoureux et souplement articulé, les cordes semblant mener le jeu sur un tempo très allant et dansant. Le passage en trio contraste agréablement, le violoncelle s’y distinguant dans un joli contrepoint. L’Andante est bâti sur le schéma thème et variations, chacune d’elles mettant en valeur un instrument spécifique ou un groupe, à commencer par le violon. Puis ce seront la clarinette et le basson, dans un tempo rapide joliment troussé par les Berlinois, le cor sur le commentaire subtil du violon I, le violoncelle avec la clarinette en embuscade. La cinquième, prestissime ici, unit les cordes en un irrésistible bondissement. La suivante est plus assagie. La joie triomphe à la dernière jusqu’à une péroraison lente, profondément lyrique. Le Menuetto Allegretto est pris retenu, ce qui libère un sentiment douloureux sous-jacent. Le trio renchérit en jovialité dans le registre des vents. Débuté par une introduction lente et pianissimo, de caractère angoissé dans le sourd bourdonnement des cordes graves, le final bascule vite dans un Allegro fiévreux de plus en plus joyeux, fort de ses divers rebondissements.

De surcroît, cette exécution bénéficie d’une prise de son très soignée. La répartition spatiale des huit instruments est finement jugée, les trois vents disposés au milieu des cordes. Outre l’excellente définition de chacune des voix, sans excès sur la ligne de basse, et la parfaite fusion entre elles, la captation instaure un sentiment de proximité comme il en est de l’écoute en salle de concert.

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